J’aurais voulu…

J’aurais voulu vous dire tant de choses ces derniers mois, cette dernière année, les petits bonheurs comme les moments de doute, ceux de joie, ceux de tristesse.

J’aurais voulu trouver l’envie, voire le courage, de terminer tous ces billets commencés et restés inachevés, non publiés.

J’aurais voulu vous parler de mon père, déshérité, de son chagrin face au départ de ses parents auxquels il n’a jamais pardonné, pour lequel il a toujours été un mouton noir. J’aurais voulu vous raconter à quel point il a été présent, et jusqu’à aujourd’hui même d’ailleurs.

J’aurais voulu parler de mon « grand petit frère » qui est enfin entré franchement dans la vie active à la fin de l’été dernier, comme il est entré au service d’une grande administration et comment derrière son caractère longtemps taciturne et difficile à cerner s’est révélé un homme redoutablement efficace et stricte dans l’exécution de ses tâches professionnelles. J’aurais voulu trouver les mots justes pour dire à quel point je suis fière de lui.

J’aurais voulu vous parler de mon plus jeune frère et de sa merveilleuse famille, de la manière dont il se tue presque à la tâche, comme il se soucie de moi lui qui vit si loin. J’aurais voulu vous dire qu’il me manque terriblement, ainsi que mon neveu et ma belle-soeur. J’aurais voulu voyager, vous raconter un nouveau vol en avion, ou un énième trajet en train, mais il n’aurait pas eu lieu. J’aurais voulu m’extasier sur un long billet au sujet de ma belle-soeur, raconter à quelle point elle est belle et exceptionnelle, quel modèle elle est pour moi, elle qui avoue que je suis aussi un modèle pour elle.

J’aurais voulu vous dire que ces séjours hospitaliers ont été salvateurs, et c’est sûrement ce que j’ai dit en quittant l’unité mère-bébé, mais a posteriori, ce n’est pas le cas, et je pense que le chef de service le savait. J’aurais voulu vous dire que ma sortie a été correctement accompagnée, que j’ai continué de me livrer comme je le faisais là-bas, mais ce ne serait pas vrai.

Et puis, j’aurais voulu vous parler des enfants. J’aurais voulu vous parler de notre famille.

J’aurais voulu vous raconter nos visites, ces retrouvailles à chaque fois pleines d’émotions, aux frères et soeur qui se cherchent, veulent jouer ensemble, vivre ensemble tout simplement. De ce petit bout qui suit ses aînés du regard, de cette petite fille qui marche et commence à parler, de ce grand frère un peu envahissant mais plein d’attention.

Et puis…

J’aurais voulu vous raconter un retour à la maison plein d’émotions et de larmes de joie. J’aurais voulu vous raconter un père aimant et attentionné, débordant d’idées pour ses enfants. J’aurais voulu vous décrire un couple qui s’aime, une vie heureuse, enfin épanouie. J’aurais voulu vous dire qu’intérieurement, tout va mieux, que je dors mieux, que je me sens reposée et épanouie, que j’ai arrêté les médicaments.

J’aurais voulu, tellement voulu…

Mais tout ça, je ne le raconterai pas.

J’aurais voulu trouver les mots justes, les bons mots à dire, pour qu’on ne me les retire pas, mon adorable Miss K et mon tout petit bébé E. J’aurais voulu réussir à convaincre, pour que l’ordonnance de placement ne soit pas envoyée. J’aurais voulu avoir mon mot à dire. J’aurais voulu embrasser ma fille et lui expliquer, plutôt qu’elle reste là bas du jour au lendemain sans explications. J’aurais voulu avoir plus qu’une petite heure pour dire au revoir à mon bébé, entre l’appel et le moment du départ.

J’aurais voulu la retrouver, les garder, pour être enfin au complet.

J’aurais voulu vous dire qu’entre moi et monsieur, ça s’arrange, mais ce n’est pas le cas, tout n’est que façade, et même s’il est plus libéré quand les enfants ne sont pas là, ce n’est pas la vie dont j’ai envie.

J’aurais voulu vous dire que malgré tout, j’ai toujours confiance au système qui était censé nous accompagner, mais la colère que je ressens envers eux est plus noire et plus violente que tout ce que j’ai pu ressentir dans ma vie.

J’aurais voulu dire que je ne suis pas malade, mais je le suis, ma tête part en vrille, je ne dors plus sans médicaments, je suis sous traitements réguliers – ou pas – plusieurs fois par jour, au point de ne plus savoir comment ces jours défilent.

J’aurais voulu vous dire que la seule présence de mon merveilleux Monsieur J m’aide à tenir, mais là encore, ce n’est pas le cas.

J’aurais voulu publier cet article en plusieurs fois, tant il m’a fait monter les larmes aux yeux, tant j’ai du m’y remettre plusieurs fois, après l’avoir abandonné, submergée d’émotions.

J’aurais voulu que cet article soit moins long, je ne pensais pas avoir tant de choses à dire.

J’aurais voulu vous dire que ce sera le dernier article de ce blog, mais peut-être qu’enfin, un jour, tout ira mieux et que je retrouverais, plus que le plaisir d’écrire, le plaisir de partager.

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Le retour à la maison

Ce midi, bébé E et moi sommes rentrés à la maison.

La dernière fois que j’ai écrit au sujet de mon quotidien, il y a bientôt 3 mois, je vous laissais comme seule information un début d’hospitalisation, sans donner plus de nouvelles.

Comme très souvent depuis un peu plus d’un an, j’ai eu envie d’écrire pendant cette période, mais passé les quelques premiers articles, j’ai gardé mes réflexions pour moi. Souvent, elles étaient violentes, pleines de colère, et ils ‘en est passé des évènements depuis. J’en parlerais sans doute dans les jours ou semaines à venir, mais en attendant, voici un bref résumé.

J’ai passé 4 semaines seule en clinique privée, puis 7 semaines en maternologie avec bébé E.

La clinique privée, ce n’était vraiment pas une expérience sympa, au-delà d’une minorité de patients prêts à partager des jeux et quelques parties de rigolade, l’ambiance était morose et les journées très longues. J’ai énormément marché pendant ces quelques semaines, profitant des permissions de jour pour retourner chez moi quelques heures de temps en temps. Le psy, je pouvais le voir tous les jours, mais en coup de vent, c’était rarement plus de 5 minutes, et il n’y avait que moi qui parlait. La nourriture malgré une cuisine sur place était de mauvaise qualité, et les activités assez restreintes. Malgré le repos que j’ai pu cumuler, j’étais quand même bien contente d’en sortir.

Pour ce qui est de l’unité mère-bébé, j’y reviendrai plus amplement, mais l’expérience était à la fois douce et violente, reposante et remuante. Avec l’équipe médicale et son suivi intensif, on a brassé des émotions à n’en plus finir, j’ai remis beaucoup de choses en questions et j’ai pu me libérer un peu de très vieilles rancoeurs en parlant non seulement à mon père et à mon frère, mais aussi à ma tante (la grande soeur de papa) qui m’a fait la surprise de m’appeler pour avoir de mes nouvelles (ça aussi, j’y reviendrai sûrement).

Voilà, je ne souhaite pas m’étendre plus pour le moment, mais j’aurais l’occasion de vous reparler de tout ça dans des articles ciblés.

Pour l’heure, la maison est chamboulée, et moi aussi même si j’étais bel et bien prête à ce retour. Il y a beaucoup de choses à mettre au point, notamment entre mon chéri et moi, avant que la vie soit réellement plus sereine.

Trois ans

Mon premier petit bout de moi, mon chaton, mon grand Monsieur J a eu trois ans hier.

Je n’étais pas présente mais j’ai pu l’avoir au téléphone le soir pour qu’il me raconte sa journée. L’assistante maternelle a été extra et lui a organisé un goûter avec un beau gâteau et des bougies et a filmé le tout pour nous le transmettre. Elle lui a également offert des petites voitures. Il était ravi de sa journée, mais un peu énervé de ma question sur son âge, à laquelle il a du répondre tout au long de la journée. Il était donc bien en forme et ça me rassure… être loin de lui est de plus en plus douloureux, il me manque tellement… mais je me console en me disant que je devrais pouvoir le voir ce week-end.

Quand je repense à ces trois dernières années, je n’ai pas envie d’en faire un bilan, mais contrairement à l’année dernière ce n’est qu’un sentiment d’apaisement qui m’habite. Je suis sereine concernant notre relation à tous les deux. J’aime parler avec lui, et tant mieux car il est tout autant bavard que moi ! Nous partageons beaucoup de jeux et surtout le plaisir d’être dehors, à jouer ou se promener.

Je crois qu’au final je peux dire que je n’ai pas aimé à l’époque (et même encore aujourd’hui d’ailleurs) être maman d’un petit bébé, mais que cette troisième année, malgré quelques passages sombres à la fin de l’été, a été la meilleure que nous ayons vécus tous les deux.

Encore joyeux anniversaire mon grand garçon, bienvenu dans ta quatrième année ❤

Une histoire de Dragon

Il y eut d’abord un petit chat.

Ensuite, ce fut un petit lapin qui vint garnir le deuxième petit lit de la maisonnée.

Puis il y eut un dragon.

Un petit dragon, dont nous avons voulu taire le nom avant sa naissance, nom qui a finalement été révélé par le petit chat. Qu’à cela ne tienne, s’est sûrement exclamé le dragon, puisque dès le lendemain, dès la nuit qui suivit même, il avait décidé qu’il était temps de nous rejoindre.

Un petit dragon qui est arrivé d’un coup, comme sortant à toute vitesse de sa grotte aux trésors, à tire d’ailes.

Dès le lendemain de sa naissance, petit dragon a beaucoup dormi, mais surtout beaucoup hurlé.

Les semaines passant, il dormait toujours plus, et hurlait toujours plus. Sa colère, ou sa détresse, violemment exprimées, le menaient à en perdre son souffle.

Un jour où il avait trop hurlé, le petit dragon a subi le courroux de maman chat. Depuis, ils sont séparés.

Et moi, maman chat, je me demande depuis tous ces jours si je n’aurais pas du me contenter du petit chaton. Si s’occuper d’un bruyant dragon n’est pas une tache trop ardue pour une maman chat qui rêve d’une vie lente et paisible.

Ces derniers temps, j’écris beaucoup d’histoires de dragons, mais je ne sais pas si un jour j arriverai à réellement construire la nôtre.

à trois mois

À trois mois, monsieur J savait attraper des objets. Même s’il ne se tournait pas tout à fait, il se tortillait dans tous les sens pour attraper tout ce qui était à sa portée. Il souriait beaucoup, parlait beaucoup, à longueur de journée, mais surtout il agitait dans tous les sens ses bras et ses jambes dès qu’il se trouvait sur la table à langer.

À trois mois, Miss K regardait partout. Elle tapait dans tous les objets faute de savoir les attraper. Elle nous avait déjà montré qu’elle savait se tourner même si elle ne le faisait pas souvent, en mode feignasse qu’elle était comme sa mère. Mais elle souriait beaucoup aussi, comme son père, et on voyait déjà qu’elle allait être espiègle comme lui.

À trois mois,  bébé E est loin de moi. Je ne sais pas s’il se tourne. Je ne sais pas si il sourit. Je ne sais pas si il attrape. Je ne sais pas s’il babille. Je sais juste qu’il ne communique pas, qu’il dort beaucoup et, même si il s’alimente bien, son poids ne décolle pas.

À trois mois, après deux semaines déjà, tu me manques tant que je ne pense qu’à toi.

(in)Faillible

Maman ne m’a pas souvent raconté cette histoire, peut-être deux fois. L’histoire de sa maman fatiguée qui, à la naissance de son quatrième et dernier enfant, a été hospitalisée plusieurs semaines avec son bébé, loin de ses filles confiées aux bons soins de ses voisines de palier. Deux familles, pied-noir comme elle, qui se comprenaient et surtout qui s’aimaient comme une seule famille.

Je ne réfléchis que maintenant. Mon oncle est né en 1972. Ma mère née en 1963 n’avait alors que 9 ans, enfin plus précisément 8 ans et demi. Mes tantes avaient donc 12 ans et 15 ans. Ma maman me racontait comme elles se débrouillaient si bien toutes les trois. Mais surtout j’ai réalisé que cette année-là ma grand-mère allait fêter ses 40 ans, et à un âge où on se voit encore jeune elle avait déjà trop vécu, trop subi, trop travaillé. Dans un état d’épuisement sans pareil elle s’est donc fait hospitaliser. Elle aussi donc avait craqué et appelé à l’aide.

Maman ne m’a pas souvent raconté cette histoire. Peut-être avais-je oublié. Peut-être étais-je adolescente et que tout cela était bien trop abstrait pour moi. Peut-être était jeune adulte et, malgré mon désir d’enfant très fort depuis toujours, je ne pouvais pas m’imaginer être trop fatiguée, moi qui me satisfaisait d’une petite poignée d’heures chaque nuit. Peut-être bien que cette histoire faisait partie des fameux tabous de la parentalité, ces choses qu’on ne raconte pas comme si elle n’existaient pas. Et puisque ça n’existait pas vraiment, pourquoi est-ce que ça me serait arrivé à moi ?

Maman ne m’a pas souvent raconté cette histoire. Peut-être que c’est elle qui voulait oublier, comme moi, que cette personne pourtant si forte n’était pas infaillible, qu’elle avait elle aussi ses faiblesses et qu’elle savait les enfouir. Mais une fois le vase trop-plein, elle devait céder sous peine de s’effondrer. J’ai maintenant en tête une question qui restera à jamais sans réponse.. est-ce qu’elle aussi, avant tout ça, se sentait infaillible ?

***

Nous n’avions pas évoqué ce sujet depuis des années et pourtant, à peine étais-je en train d’entamer l’écriture de cet article, que maman m’en a parlé. Elle y pensait. Elle venait meme d’en parler à ma tante, qui a évoqué le sujet le même jour au téléphone. Il faut croire que tout, autour de moi, me dit que je suis la bonne route.

Tomber… et accepter d’être relevée.

Tomber, c’est se retrouver au fond du trou, le vrai fond, celui qu’on pensait déjà fouler alors qu’on n’était pas même encore au bord de la falaise qui le surplombe.

Accepter d’être relevée, c’est laisser les enfants, le conjoint, le chat et la maison pour partir se reposer.

Je suis hospitalisée en unité neuro-psy suite à un épisode de crise qui aurait pu terminer de manière tragique. Bébé E est loin pour le moment, mais lui et moi sommes en attente d’une chambre en maternologie, le joli mot qui désigne l’unité de psychiatrie périnatale du grand hôpital.

J’ai accepté d’être relevée, mais loin de me sentir tirée vers le haut, c’est plutôt le sentiment d’être relevée de mon rôle de mère qui m’habite ces derniers jours.