Comme un ouragan

Ça a soufflé, cette nuit, beaucoup soufflé et beaucoup plu. Comme la nuit précédente. Beaucoup de bruit et de sons divers apportés par le vent. Comme un ouragan.

Ça a beaucoup soufflé, entre nous, lundi soir, au moment du départ. Des mots violents, qui poussent, qui gifflent, qui glacent, qui font trembler de froid et de peur. Comme un ouragan.

Ça a beaucoup soufflé ce même soir, dans les couloirs de la maternité, arpentés pendant des heures pour tenter de se soulager, de faire avancer, puis pendant la nuit qui a suivi, puis au matin dans la salle de naissance. Ça a tambouriné, et les vagues faisaient naître en même temps que la douleur une peur qui ne mourrait pas avec elle. La peur que tout recommence, la peur que tout empire, la peur d’une tempête installée qui ne veut plus se retirer. Comme un ouragan.

Ça n’a plus soufflé, brutalement, quand une dernière vague a fait sortir en moins d’une seconde ce petit corps qui ne semblait pas assez préparé. Un silence atroce, que chacun sait anormal, entouré d’un paysage faussement apaisé, dérangeant, distordu au loin. Comme l’oeil de la tempête.

Ça a soufflé une fois, puis deux. Ton souffle, le mien, ton cri… puis les miens, et ceux de la dizaine de personnes entrant subitement dans cette salle devenue minuscule. L’agitation qui revient aussi brutalement qu’elle avait disparu, qui brasse une autre peur. Ton corps qui décolle du mien, emportés séparément dans la tempête, déchirés par une nouvelle séparation. On n’entend plus que la colère et l’incompréhension. Comme un ouragan.

Ça aura beaucoup soufflé, peut-être, dans les minutes qui auront suivi. Je ne saurais pas le dire, endormie que j’étais. Au réveil, la désolation. Plus personne, plus un bruit, presque plus de lumière du jour malgré le début d’après-midi. Le paysage, l’esprit et le corps meurtris, dévastés.

Comme après un ouragan.

***

Bébé E. nous a rejoint mardi en début d’après-midi, après 19h de travail. Malgré ses premières minutes de vie presque inerte, il se porte comme un charme.

Pour moi, une fois de plus, la naissance restera un traumatisme. Hémorragie, séparation dans les cris, anesthésie générale, réveil dans les pleurs… J’ai re-vécu la naissance de Monsieur J.

Beaucoup trop de choses se bousculent dans ma tête et dans mon corps. Les journées filent sans que rien ne se passe. Je suis simplement à bout de forces. Tout semble perpétuellement s agiter pourtant, sans réel moment de repos serein, comme dans une tempête.

Comme un ouragan.

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