Les Adieux

Samedi avait lieu l’enterrement de mamy.

En arrivant le long de cette petite église perchée dans des hauteurs quelque part en Bourgogne, j’ai eu le plaisir de retrouver l’intégralité de ma famille, tous ayant pu faire le déplacement.

Mais c’est une fois dans le bâtiment saint que j’ai été frappée. L’église était déjà à moitié pleine. Tant de visages inconnus qui se levaient vers nous, vers la nouvelle génération dormant tout contre moi. Des sourires émus de dizaines d’inconnus, beaucoup de larmes silencieuses. En m’installant sur un banc, je souris à mon tour, devant la jolie photo choisie pour servir de couverture au livret de la cérémonie. Difficile de retenir mes larmes, mais j’y arrive encore.

Une très belle cérémonie a suivi. Les enfants sont venus lire chacun un hommage ou un passage de la Bible, ou encore un chant qu’elle aimait particulièrement. J’ai senti mon père très amer en plus d’être triste. Je crois qu’il a été le seul à ne pas verser une larme, ou du moins devant nous.

Nous, les petits-enfants, somme venus encercler le cercueil pour y déposer des bougies. A ce moment-là, encore une fois, j’ai essayé de retenir mes larmes. Elles ont commencé à couler silencieusement quand nous avons regagné nos places.

C’est une fois dehors que j’ai fini par craquer.

Une amie de la famille, un peu plus jeune que mon père, qui les a connus presque toute sa vie, discutait avec ma tante quand elles sont venus vers moi. Je l’avais déjà trouvée belle, l’année dernière, quand on s’était rencontrées lors de l’anniversaire de mon oncle, dans la maison de campagne familiale. Les larmes qui ruisselaient sur ces joues ce samedi d’hiver la rendaient rayonnante malgré la tristesse. Sa douleur sincère et profonde m’a touchée, et la phrase qu’elle a prononcé m’a fait craquer.

Alors qu’elle posait son doux regard sur Miss K, elle a murmuré « une qui nous quitte pour une qui nous rejoint ».

J’ai éclaté en sanglots. Je pense que c’est à cet instant que j’ai compris qu’elle était partie. Ni les prières ni le cercueil n’avaient eu cette effet, pas même cette jolie photo sur le livret, pas l’évocation de sa vie ou les larmes sur les joues de mes voisins… juste des mots volés d’une presque inconnue.

Nous nous sommes rapprochés, et nous avons dit adieu, tous ensemble.

Et pendant que nous disions adieu à notre aïeule, ma cousine, ma chère cousine, la grande soeur de mon enfance, disait adieu elle aussi. Derrière des larmes qu’elle cachait sous un sourire confiant, elle disait adieu à sa petite graine de bébé. Troisième fausse couche après 6 semaines d’espoir, la première de leurs nouveaux essais.

Alors, au pied de l’église, bien que loin de ma propre foi et de mes propres temples, j’ai prié non seulement pour mamy, mais aussi pour ces petits bébés en devenir qui n’ont pas voulu venir parmi nous. Qu’ils veillent tous à ce qu’une nouvelle vie vienne agrandir leur famille, notre famille, très bientôt.

Publicités

J’y arrive pas

Elle a eu un mois hier.

Le jour de sa naissance, j’ai trouvé mon conjoint transformé, malgré son empressement à nous quitter, que j’ai mis sur le compte de l’heure, puisqu’il allait partir le lendemain. Oui, il est transformé. Notre vie est transformée.

Entre nous, chaque journée est pire que la précédente.

J’y arrive pas. Nouvelle crise, nouveaux cris, nouvelles larmes, chaque jour.

Et pourtant, il y en a des choses qui me font sourire. Une photo d’échographie envoyée par mon frère, les longues conversations par messages avec ma meilleure amie, la sortie du vendredi matin à la PMI pour Monsieur J, le soutien de mes parents qui essayent de me soutirer des informations sur notre situation actuelle, puis qui détournent tout pour me faire rire, un billet de blog qui annonce une belle nouvelle, un petit mot échangé au cours de la journée avec mon loup…

Je me surprends même à en être euphorique ! Réellement ! Plusieurs fois par jour d’ailleurs. Chaque journée à son moment, et il est rarement unique. Tant de moments à voir la vie belle. Ou pas.

Et au milieu de ça, il y a les autres moments de larmes. La disparition de mamy, l’anniversaire de la mort de ma grand-mère qui approche à grands pas… mais surtout, il y a tout ce qui s’est passé autour des 10 premiers jours de vie de Miss K.

Mais voilà, j’y arrive pas. Je n’arrive pas à raconter. Je n’arrive pas à dire à quel point le bonheur d’un accouchement « réussi » s’efface peu à peu et ne me permet pas de me relever de la douleur quotidienne engendrée par ces quelques heures de cauchemar qui survenue cette seconde nuit, et de cette relation qui commence à m’empoisonner.

Tant que j’ai encore assez de volonté pour poser les mots en vrac, autant le faire. Ca m’aidera peut-être à venir raconter les détails plus tard.

Deux mots : rétention placentaire. Comme pour Monsieur J. Sauf que pour cet accouchement, l’équipe était intervenue rapidement, appelant le gynécologue qui était venu m’endormir pour une révision utérine menée vite fait bien fait.

Cette fois-ci, la sage-femme a supposé, a tâté, a pressé, a insisté, a soufflé avec moi, puis a décrété que tout était parfait.

Non, ce n’était pas parfait. Avoir envie de pousser, seule en pleine nuit, avec bébé au sein, et se retrouver debout dans une mare de sang et de débris gros comme le poing, ce n’est pas parfait.

Depuis un mois, j’ai des douleurs fantômes, des gênes, des envies de pousser. Je me réveille encore la nuit en pleurant. Je sais qu’il n’y a plus rien. La gynéco de garde de cette nuit là me l’a bien montré à l’échographie, ma super sage-femme libérale qui me suit à la maison tâte et me rassure, tout est en place.

J’y arrive pas. Même si je n’y pense pas toute la journée, je n’arrive pas à chasser ce souvenir. Malgré les bons moments, il y a toujours ce spectre derrière. La moindre douleur au ventre, même légère, me fait fondre en larmes. J’en deviens parfois hystérique.

Et lui, l’homme sur qui je devrais pouvoir me reposer, ne comprends pas et ne m’aide pas.