Les Vacances

Enfant, j’ai lu un nombre incalculable de fois le roman de la Comtesse de Ségur, Les Vacances. Celui-ci et tant d’autres, encore et encore. Ces vacances entre amies et cousins me faisaient rêver, les promenades, les cabanes, les goûters dans la serre, le jardinage…

J’ai eu la chance d’avoir de très belles vacances étant enfant. Malgré les petits moyens de mes parents, nous partions chaque été pendant plusieurs semaines avec eux, passant le reste des vacances chez nos grands-parents ou des cousins. Quelques années, nous avons aussi eu droit aux colonies de vacances, souvent à l’étranger. Nous en avons vraiment profité, entre voyages, baignades, parcs, sorties sportives ou natures…

Nous avons continué à partir en vacances chaque été, presque jusqu’au bout, jusqu’à ce que mes parents se séparent, que la famille de mon père se mette à nous ignorer, que nous soyons trop grands, peut-être…

Puis il y a eu l’errance, la recherche de soi, plus de vacances, mais n’était-ce pas tout le temps les vacances, à la maison, à ne pas travailler ? Non, pas vraiment. Et quand mon premier boulot et ma première relation sérieuse sont arrivés, presque en même temps, les vraies vacances ont repris, souvent dans sa famille à lui. Un autre pays, des gens chaleureux, c’était grisant, dépaysant. Nos boulots confortables et nos petites charges nous permettaient d’avoir assez d’argent de côté à chaque vacances pour nous échapper et en profiter. Même les week-end, nous étions rarement à la maison.

Ces vacances avaient cependant un arrière-goût, mais nous n’en parlions pas, ni entre nous, ni avec nos familles. Elles compensaient, cachaient, ce désir ardent d’être parents qui ne se concrétisait pas.

L’année dernière, loin de tous ces souvenirs qui refont pourtant surface régulièrement, j’ai été particulièrement émue de partir en vacances en étant à la place du parent. Même après plusieurs sorties similaires pendant l’année écoulée, penser au prochain voyage qui se profile fait monter les larmes. Je sais qu’elles viendront encore, une fois assise sur le siège passager avant, le regard se promenant entre le petit bout d’homme assis à l’arrière et l’homme de ma vie assis à mes côtés.

Ce sont pourtant des vacances inédites qui débutent ce soir, puisque ces congés annuels feront place au congé maternité, puis au congé parental, pour ne reprendre le chemin du boulot que dans 13 mois au mieux.

Ce ne seront pas des vacances tous les jours, loin de là, mais malgré quelques appréhensions, je me sens prête, je suis certaine d’avoir fait le bon choix.

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Dépendante

Il m’a dit que j’étais dépendante. Et qu’il en avait assez.

J’ai cherché ce que ça pouvait bien vouloir dire.

J’ai pensé à ma famille, qui m’a entretenue quand j’ai perdu pied, mais pour qui je tenais la maison, faisais le ménage, les courses, la cuisine, y compris après que mon père soit parti du jour au lendemain de la maison. Père qui m’a demandé de le dépanner financièrement pendant des années par la suite. Qui a été en partie dépendant de moi, puisque nous avons été jusqu’à prendre un logement ensemble pour lui permettre de résorber ses problèmes d’argent.

Avant aujourd’hui, je n’avais jamais utilisé ce mot pour parler de mon père, ni de moi. Cette époque, j’en ai très peu parlé à mon compagnon, donc je me suis dit qu’il ne peut pas savoir à quel point je sais me débrouiller seule.

J’ai pensé au travail. J’ai pensé à tous ces dossiers abattus, tous ces dossiers cloturés, toute la mise en place des méthodes de travail instaurée, toutes ces recherches faites de mon propre chef puisque la plupart de mes collègues, présents depuis 15, 20 voire 30 ans pour certains, semblaient ne pas avoir cette capacité. J’ai pensé aux nombreuses fois où les chefs sont venus me voir plutôt qu’un N+2. A toutes ces instructions rédigées, à tous ces stages engloutis, à tous ces ateliers de réingénirie des processus organisés sur Paris. J’ai pensé à mes derniers mois de formation à l’autre bout de l’Île-de-France, tous les jours dans les transports.

Je lui en ai parlé, de tout ça. Peut-être pas assez. Peut-être qu’il ne se rend pas compte à quel point je sais me débrouiller seule dans ce cadre-là aussi.

J’ai continué à chercher ce que ça pouvait bien vouloir dire.

Oui, c’est vrai, je ne conduis pas, je refuse de m’y mettre, ça me fait peur. Donc pour les grosses courses, j’ai besoin de lui. Et puis j’ai besoin de lui pour aller visiter mes parents ou partir en vacances, dix fois dans l’année à tout casser, et il serait inconcevable pour moi de partir sans lui de toute façon. J’ai aussi pensé à toutes ces fois où je suis allée seule au centre commercial, à pied, y compris enceinte, juste parce qu’il n’y a pas de bus le week-end et que j’ai envie d’y faire un tour, à coup de 35 à 40 minutes par trajet.

Oui c’est vrai, cette grossesse est un nouveau bouleversement physiologique et me chamboule beaucoup. Alors quand monsieur J se salit et qu’il faut le laver, pliée en deux au dessus de la baignoire, et que j’ai l’impression que les robinets de ma vessie s’ouvrent en même temps que ceux de l’arrivée d’eau, je l’appelle à l’aide pour surveiller notre petit bonhomme pendant la demie-minute que je vais passer aux toilettes. Quand il faut faire deux voyages pour remonter les 4 étages de notre immeuble sans ascenseur en rentrant les courses, au lieu d’un seul auparavant, parce que j’ai du mal à porter à bout de bras les gros sacs, oui, souvent, c’est lui qui y va.

Oui c’est vrai je me plains parfois de n’avoir jamais aucune surprise de sa part. Mais quand je me « plains », je n’évoque pas les dizaines de fois ces dernières années où je l’ai invité au restaurant, au cinéma, où j’ai fait venir maman à la maison pour garder monsieur J pour qu’on puisse sortir, sans parler de toutes les surprises maison du petit repas tout prêt qui l’attend les soirs où il rentre tard, du cadeau glissé sous l’oreiller même quand il n’y a pas d’occasion spéciale…

Je ne fais rien de tout ça en attendant un retour ou une compensation. Je le fais de manière instinctive, parce que c’est normal… et puis…

Et puis j’ai pensé à la charge mentale, à la charge émotionnelle que je supporte dans notre foyer, que je subis de plus en plus. J’ai pensé qu’il n’a jamais pris aucune initiative en amont de la venue de notre fils, qu’il ne rédige jamais une liste de courses, qu’il ne lance pas de machine si on n’en a pas discuté auparavant, qu’il passe l’aspirateur une fois par mois quand je passe le balai 2 fois par jour et la serpillière une fois par semaine, qu’il ne change jamais les draps, qu’il ne cuisine ou ne réchauffe jamais aucun plat, qu’il me demande toujours ce que bébé doit manger, qu’il ne fait jamais le marché pour aller réapprovisionner les légumes ou les fruits, qu’il ne va jamais se promener seul avec notre fils, qu’il ne propose jamais d’aller voir sa famille ou la mienne, encore moins de juste les appeler pour donner des nouvelles. J’ai pensé qu’il ne prend jamais aucun rendez-vous administratif et ne s’occupe jamais d’aucune démarche, y compris celles qui le concernent lui uniquement, et que je le presse souvent pour obtenir des documents que lui seul peut demander. J’ai pensé que depuis 3 ans et demi, il n’a jamais une seule fois fait la caisse du chat.

Il m’a dit que j’étais dépendante. Et qu’il en avait assez. Et que ça le déprimait. Sur un ton qui ne laissait rien transparaître d’autre que les mots qu’il venait de prononcer. Il aurait pu dire sur le même ton qu’il avait l’impression que je ne l’aimais plus, qu’il était malheureux, qu’il avait besoin de changer d’air, ça aurait signifié la même chose.

Depuis, j’ai l’impression d’être un poids, et de le détester.

Moi qui pensais déjà ne jamais rien lui demander, même s’il y a quelques reproches de temps en temps, je n’arrive plus à dialoguer ces derniers jours.

 

Il y a une seule chose dont je suis bien sûre, c’est que même si les mots n’ont été posés il y a seulement quelques jours, il me le faisait sentir depuis bien longtemps, et cela cause un éloignement certains.

Cette chose dont je suis bien certaine concernant ma « dépendance », c’est de ne plus être dépendante de son amour.

Nouveaux pas, Nouvelle étape

Monsieur J a commencé à marcher. Après quelques pas hésitants, guidés par son papa, qui m’ont arraché de grosses larmes, il a passé une première semaine à essayer de se lâcher depuis les meubles, juste pour quelques pas. Puis il a marché vers sa Oma qu’il adore quand nous sommes allée la voir il y a une dizaine de jours, suite à quoi il a de nouveau passé la semaine dernière et une grande partie de celle-ci debout, à parcourir tout l’appartement en long et en large.

Parfois, il court, et tombe presque à chaque fois, mais la chute est maîtrisée. Poursuivre le chat est une activité trop importante pour la négliger, et seule une tape griffue finit par le dissuader. Il ne se démonte pas et recommence, toujours, et bien vite !

Il grimpe partout, y compris sur ses parents, installés sur le canapé ou à table. Ca énerve papa loup, mais ça fait sourire maman chat, qui trouve que, décidément, son bébé grandit trop vite.

Il y en a une autre qui donne l’impression de grandir trop vite, c’est la demoiselle encore bien au chaud. La semaine dernière, mon ventre a encore pris du volume en à peine quelques jours, après un petit mois stable. Cette nouvelle étape, l’entrée dans le sixième mois, a sonné le glas de nouveaux déchirements internes.

Les douleurs sont plus vives que jamais, plus importantes qu’à la précédente grossesse. Si le premier trajet matinal se passe sans encombres, approcher la fin de la matinée est synonyme de fatigue et d’élancements importants dans le bassin, et rentrer à la maison le soir est une épreuve.

Lundi, j’ai paniqué. J’ai frôlé la crise, mais j’étais bien entourée, et mes collègues ont su m’apaiser. La nouvelle étape dans la douleur : les contractions. Ce ne sont pas elles directement qui sont douloureuses, c’est le sentiment qu’elles ont d’abord entraîné. Je n’avais jamais senti une contraction le long de la précédente grossesse, et associé aux douleurs pelviennes, j’ai perdu pied. J’ai eu peur, plus que de raison. Bouger n’a rien fait, rien soulagé, et rester assise était encore pire. Ca m’a paru durer des heures et pourtant, ça n’a pas du s’étaler sur plus de quelques minutes. Pas de signes alarmants, une fois calmée, alors je ne suis finalement pas partie aux urgences comme je voulais le faire initialement.

Elles se renouvellent, quelques fois par jour. Je ne panique plus, mais je « subis ». J’ai de nouvelles questions à poser à la sage-femme que je revois dans deux jours. Chaque épisode semble rendre les douleurs de la journée plus fortes.

Au final, ce qui me fait surtout peur quand je prend le temps de poser mes réflexions, c’est de ne pas pouvoir savoir jusqu’où ça va aller. Je m’en voudrais tellement de gâcher nos vacances avec ça, ou de ne pas arriver à m’occuper seule de Monsieur J en attendant l’arrivée de sa petite soeur.