une autre personne – Part of Me

Voilà une chanson qui me parle en ce moment. Pour les personnes qui comprennent l’anglais, je vous mets les paroles. Notre langue me semble bien pauvre face aux mots magnifiques choisis par cet homme formidable que j’ai eu la chance de rencontrer lors de son passage à Paris l’automne dernier.

Ces mots me touchent particulièrement… Enjoy…

By the mill on the ‘Wey’ Canal

We had shouted and run about

And though your laughter echoed out

The sun came up and you weren’t around

Decades pass but you still belong

Still the memory of you goes on

And though my life had just begun

You were destined not to come

Though I find it hard to say

But part of me was lost that day

You’re my son and will always be

You’re the reason that I must see

I hope your dreams reach out for me

When I look I just have to weep

Are you parted from what you want?

Are you stumbling where once you’d run?

And never know where you belong?

Or understand where you’re coming from

Though I find it hard to say

But part of me was lost that day

I was tired beyond belief

Reached out just to search for peace

And breathe the water of the deep

Still my body could not find sleep

When the laughter it seems all wrong

When the sunshine becomes too strong

And oh the pain that still goes on

Plentiful for everyone

Though I find it hard to say

But part of me was lost that day

Is this torment we should not have?

Is this grief that is not of man?

And still our lives seem out of hand

One day will we understand?

If we learn from the days that pass

If we learnt, would we ever ask?

And can it truly control us?

Should we fear what we haven’t lost?

Though I find it hard to say

But part of me was made that way

 

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une autre personne (2)

J’ai l’impression de changer, en ce moment.

Il y a eu de nombreux évènements qui m’ont marqués dans ma vie – comme n’importe qui – mais je n’ai jamais eu l’impression qu’ils aient eu tous autant d’impact. Surtout, ils ne m’ont pas tous faits avancer de la même manière, et jamais, suite à ça, je ne me suis dit que j’étais différente, que je me sentais changée, transformée, une autre personne.

Aujourd’hui, pour écrire à la suite du précédent post (qui ne devait être qu’en une partie à l’origine), j’ai envie de parler de la douleur. Enfin, pas cette douleur intérieure qui prend aux tripes à l’évocation d’un souvenir intense, mais la douleur d’un instant, physique ou non, mais qui frappe avec une réelle violence.

 

Il y a eu l’opération du dos. Programmée, après de nombreux examens, une décision difficile à prendre, il parait, mais qu’on a prise à ma place, pour mon bien. Pas ma première opération, pas ma première anesthésie générale, mais des douleurs difficilement gérables pour une ado. Le réveil a été difficile, sous le regard de mes parents qui avaient été autorisés à me rejoindre après la sortie du bloc. Difficile car encore sous le coup de l’anesthésie, et l’estomac complètement en vrac pendant plusieurs jours. Mais il y a eu ce drain, le long de la colonne, qui s’est arrêté de fonctionner, et qu’il a bien fallu remettre en route. J’ai cru ressentir la pire douleur de ma vie, mais elle n’était rien comparée à celle vécue une des nuits suivantes.

C’était comme un rêve éveillé. Ou plutôt, comme un cauchemar éveillé. Tout semblait réel autour de moi, même les voix qui parlaient autour, alors que j’étais seule dans cette chambre, la porte fermée. J’avais l’impression d’être figée, enfermée dans mon corps, mais je n’avais pas mal. En émergeant du sommeil, mon premier réflexe a été de me redresser, et je n’ai rien ressenti sur le coup. Je pense que c’est la fenêtre face à moi, et surtout la vue vertigineuse qu’offrait l’étage qui m’ont réellement réveillée (6ème étage, quelque chose comme ça, j’avoue que je ne me souviens plus bien). La douleur s’est réveillée en même temps que ma conscience. Bien que le osuvenir s’efface peu à peu, je me demande comment j’ai pu ne pas hurler à ce moment là, et trouver la force de me rallonger par moi-même. Déchirée en deux, comme si quelqu’un m’arrachait le dos, les mains plongées dans la cicatrice. Ce sont les mots que j’ai eu envie de mettre sur cette sensation à l’époque.

J’ai eu mal, mais comme j’ai compris plus tard que ce qui m’étais arrivé cette nuit là n’était pas entièrement du à mon opération (paralysie du sommeil, j’en repalerai peut-être un autre jour), la douleur ressentie alors n’est pas restée un choc. Elle ne m’a pas changée. Je l’ai presque oubliée.

Il y a eu la fausse couche. Je ne saurais pas dire si j’ai souffert physiquement pendant les saignements. Il me semble me souvenir que ça équivalait à mes douleurs de règles, à peine plus peut-être. Non, ce qui a fait mal, c’est la première douleur, la veille des premiers saignements, environ 24h avant. Une sensation d’être déchirée de l’intérieur. Une douleur très brève, qui s’est ensuite diffusée dans le dos par une chaleur désagréable. C’était l’heure du coucher et je n’ai pas eu de mal à m’endormir. La nuit passée, tout allait bien. Les saignements ont commencé le lendemain soir, et ce que je prenais pour de banales règles s’est avéré être, après quelques examens demandés à plus deux semaines de saignements, une fausse couche spontannée. Le suivi a été léger, deux échographies à une semaine d’intervalle, puis seulement des prises de sang. Tout partait tranquillement, « j’ai eu de la chance ».

Encore une fois, c’est la douleur du souvenir de cet échec et de la durée de la surveillance médicale qui me font souffrir, pas la fausse couche en elle-même. Elle vient juste de ces pensées qui s’orientent parfois sur cet être qui aurait pu exister et que je ne connaitrai jamais. Je sais que je n’oublierai jamais cet épisode, qu’il me rendra triste toute ma vie quand j’y repenserai, mais je ne me suis pas sentie changée.

Il y a eu l’accouchement, et la grossesse, avant. Ces douleurs dont on vous rabache qu’elles sont normales, assorties des petites phrases qui vont bien, « la grossesse n’est pas une maladie », « la grossesse n’est pas un handicap », « les femmes sont nées pour souffrir », etc… C’est la plupart du temps pliée en deux que j’ai passé la moitié de ma grossesse, après avoir gâché le premier trimestre de pensées sombres de la peur de le perdre. J’ai fini par dire que je n’avais pas aimé être enceinte, et je ne sais même plus si c’est vrai, au final. Mais encore une fois, ces douleurs que je rédécouvre sous un autre angle aujourd’hui ne m’ont pas marquées au-delà de l’envie de clamer et défendre que, non, ce n’était pas normal. L’accouchement non plus ne m’a pas laissé de choc, malgré une quarantaine d’heures de travail sans péridurale et la certitude, une fois que bébé J était arrivé parmi nous, que je ne pourrais plus jamais subir ça, que je n’en aurais pas la force, physiquement et psychologiquement.

Aujourd’hui, j’ai ressasé puis étudié mes souvenirs à ce sujet, et je sais que j’ai de nouvelles clefs pour ne pas être exposée à ça de nouveau. Je sais que je suis capable de ne plus me laisser manipuler, de ne plus subir, et que l’expérience parle et me permettre de vivre ce nouveau moment d’une manière bien différente du précédent.

 

J’aurais pu me sentir changée après avoir éprouvé ces douleurs, mais ce ne sont pas ces douleurs qui m’ont marquée au point de me transformer aujourd’hui.

La douleur qui m’a touchée pendant des années, et qui me donne l’impression de ne m’impacter qu’aujourd’hui, c’est la douleur quotidienne. Je ne pourrais pas dire que j’étais un enfant battu, ni que mes parents étaient violents, ces mots ne franchiront jamais mes lèvres. Pourtant, ne dit-on pas d’une personne qui boit un verre de vin à chaque repas, et qui ne peut pas faire autrement, pour qui c’est une réaction normale, habituelle et spontanée, qu’elle est alcoolique ? Après quelques difficultés à se faire entendre, la douleur était souvent la réponse catégorique imposée par mes parents.

Comme de trop nombreuses personnes, j’ai été conditionnée à penser que c’était normal d’être traitée comme ça. Et puis, il n’y avait pas que moi, mes petits frères y avaient droit aussi. Et de nombreux amis, presque tous d’ailleurs.

J’ai honte aujourd’hui de penser que j’ai fait partie de ceux qui ont pu dire « j’en ai reçu, et j’en suis pas morte ».

Certes. Merci pour l’évidence. Si j’en étais morte, je ne serais pas là pour le dire. Ca ne veut pas dire que je n’en ai pas souffert, même si ce n’est pas non plus ce que je répondais à l’époque, même si je le dis sans me cacher maintenant.

A vrai dire, je n’y pensais plus. Je savais, au fond de moi, que quand j’aurais des enfants, jamais ils ne connaitraient de violence physique de ma part. Je n’avais même pas besoin d’y réfléchir, malgré mon conditionnement d’enfance, ça me paraissait évident. Pourquoi évident ? Je n’arrivais pas à le dire. Je n’ai pas su m’exprimer à ce sujet pendant de nombreuses années.

Aujourd’hui, bébé J exaspère souvent son papa, et son papa crie. Il va parfois jusqu’à lui hurler dessus, jusqu’à lever la main, même s’il ne l’abat pas. Parfois, ses mots sont très durs. Souvent, ils sont injustes. Dans ces moments là, j’ai l’impression de sentir la main s’abattre sur ma joue, sur mon bras, dans mon dos… Quand il hurle après notre bébé comme ça arrive parfois, je n’entends pas sa voix mais celle de mon père, et j’ai juste envie de m’enfuir, trouver un trou et m’y terrer jusqu’à n’avoir plus mal.

Quand je vois la douleur dans son regard, les larmes qui perlent dans ses yeux, j’ai l’impression de me voir moi, toute mon enfance, toute mon adolescence, exprimer cette angoisse, cette peine, cette incompréhension…

Je me rends enfin compte, je sais enfin metre des mots sur cette douleur qui m’a habitée longtemps et qui se réveille depuis quelques semaines. Je sais que peu de choses me font autant souffrir, et que mon homme, très fermé à ce sujet, n’est pas près de changer son mode de pensées, malgré le mal que ça nous fait à tous les deux, et, forcément, à tous les trois.

La voilà, la douleur qui marque et qui change. Longtemps, j’ai clamé que ça n’avait pas eu d’impact. Aujourd’hui, voir des gens frapper leur enfant dans la rue me donne envie de hurler, de me jeter sur eux, de les attraper et de leur raconter ce qui peut attendre leur enfant s’ils continuent. Car aujourd’hui cette souffrance n’est plus tapie et elle prend régulièrement le dessus, allant même jusqu’à me faire me comporter violemment à mon tour.

Elle m’a transformée. Elle me fait devenir, petit à petit, une autre personne.

J’aurais encore tant de choses à dire… comme hier, les larmes prennent le dessus, et je n’arrive plus à m’exprimer sans me reprendre dix fois pour une même phrase… la suite un autre jour.

une autre personne

J’ai l’impression de changer, en ce moment.

Il y a eu de nombreux évènements qui m’ont marqués dans ma vie – comme n’importe qui – mais je n’ai jamais eu l’impression qu’ils aient eu tous autant d’impact. Surtout, ils ne m’ont pas tous faits avancer de la même manière, et jamais, suite à ça, je ne me suis dit que j’étais différente, que je me sentais changée, transformée, une autre personne.

J’aurais pu me sentir changée après la perte de chaque être cher. Des membres de ma famille, de notre cercle d’amis proches.

Il y a eu cette fille, S., si différente des autres de notre âge, au regard pétillant. Je l’ai trouvée au centre de rééducation où j’avais atterri après mon opération du dos. Elle y était pour le suivi de ses chimiothérapies. Elle était toujours si contente d’avoir de la visite, d’avoir le droit de rentrer chez elle un week-end de temps en temps, alors que sa famille ne semblait prendre aucun plaisir à venir la voir ou à la recevoir. Elle était un peu grunge, avec son look de skatter et son walkman plein de groupes hurlants. On s’était régalée à faire toutes les deux semblant d’être un couple, pour rendre son ex jalouse quand elle venait par hasard la voir. Elle souriait tout le temps. Et puis une rechute. Elle a continué à sourire. Mes soins étaient terminés, j’ai quitté le centre. Je suis revenue la voir une fois. Puis une autre rechute, et quelques jours après, par mail d’une copine du centre, l’affreuse nouvelle de sa disparition.

C’était la première fois que je perdais quelqu’un de proche. J’ai été marquée par la douleur de cette nouvelle, mais pas changée. Peut-être parce que j’étais ado, je n’ai pas vu la vie autrement alors.

Il y a eu cet homme, E., que j’ai toujours connu. Il aurait pu être le jumeau de mon père, tant ils se ressemblaient, peut-être pas dans le physique entier mais dans le visage, dans l’intonation, dans le caractère et dans leurs goûts et leurs passions, dans leur amour de l’homme et leur envie de se dévouer à leur famille et à leur prochain. Papa et lui étaient nés à quelques jours d’écart, mais E. était un grand prématuré, ce qui ne lui avait laissé aucune trace. Lui qui était une force de la nature, il est subitement tombé malade. Son image de colosse a laissé rapidement place à celle d’un homme chétif et affaibli, et après de derniers lourds examens qui n’ont pas permi à un personnel médical hautement qualifié de mettre des mots exacts sur le mal qui le rongeait, il s’est envolé un soir de vacances, sur le canapé du salon.

C’était la première fois qu’un décès me marquait autant. Pendant les années suivant et précédant son départ, de nombreuses personnes de ma famille ont été touchées également, des personnes âgées pour la plupart, mais également une petite soeur de papa. Peut-être parce que je n’avais plus de contacts réguliers avec ces personnes ces dernières années, je me suis sentie bouleversée, mais pas changée en profondeur par ces pertes.

Il y a eu ma grand-mère, l’année dernière, quelques jours avant Noël, partie sans avoir eu le temps de souffrir. Depuis qu’elle n’est plus là, la vie n’est plus la même. Pourtant, avec l’éloignement géographique, on ne se voyait plus beaucoup, mais nous communiquions. Par tout ce qu’elle a fait et représenté pour moi, elle pourrait tout aussi bien être ma mère, et son départ a laissé un immense vide, quelque part en moi. Tant de choses me la rappellent, une chanson, un poème, un oiseau qui chante, un chat qui passe, toutes ces petites choses que nous pouvions évoquer à chaque fois que nous conversions.

J’ai l’impression d’être une autre personne depuis qu’elle est partie. Il ne se passe pas un jour sans que je pense à elle. Penser que je ne la reverrais jamais me glace le coeur. Elle est la seule personne dont le souvenir me laisse dans un tel état, dans cette impression que la douleur ne partira jamais. Pourtant elle part, pour revenir de plus belle, au moins une fois par jour, si ce n’est plus, au point parfois de devoir abandonner ce que je suis en train de faire parce que je ne vois plus rien, je ne maîtrise plus mes gestes.

Et ça m’arrive de plus en plus souvent, en ce moment. L’impression que cette douleur me fait devenir une autre personne.

 

J’aurais voulu dire tant d’autres choses dans ce billet, mais l’émotion est trop difficile à refouler. Je voulais parler de l’impact de ces changements et de ces émotions sur mon moi d’aujourd’hui, qui plus est sur cette semaine qui est déjà bien trop forte en sensations et lourde à supporter. Sur l’impact sur mon corps, sur ma grossesse.

Mais je vais m’arrêter là pour le moment. Je pleure trop pour continuer à écrire.

Vides, cauchemars et câlins

Cette semaine passée a été difficile à chaque réveil.

Ca a commencé mardi. Cette sensation de vide, de rien, de ne plus avoir envie de quoi que ce soit, comme ce jour où j’étais partie voir la psy en « urgence ». L’impression de ne pas être à ma place, que je ne la trouverai jamais, qu’il valait mieux être loin. Et seule.

Les cauchemars ont repris. De la peur, beaucoup, mais surtout de la violence, au point de me lever d’un seul bond, d’un caractère exécrable ou emplie de tristesse.

Les sentiments forts se dissipent rapidement, mais la sensation qu’ils laissent derrière eux s’étend sur toute la journée. J’essaie de me coucher sereine, de ne pas y penser, de parler avec mon loup jusqu’à ce que le sommeil m’emporte. Mais rien n’y fait, chaque nuit est plus insupportable que la précédente, je dors de moins en moins, et mes soirées sont de ce fait très courtes.

Et ce, malgré les câlins. Ces câlins auxquels je ne m’attendais pas, ces gestes doux, volontaires, maîtrisés.

Le premier soir, ce fut une surprise immense, et hier soir, je les ai attendus avec impatience. Je me sens fébrile à cette simple pensée.

Il aura fallu attendre 14 mois tout rond pour ce premier câlin. Bébé J, tout indépendant qu’il est, n’a jamais été collé dans nos bras, même s’il aime être près de nous. Il commence à monter sur le lit, à essayer de grimper sur le canapé, mais c’est toujours dans l’optique de jouer, d’attraper un objet qui l’attire.

Samedi soir, il s’est lové contre nous, tour à tour, la tête dans le cou. Certes, il est resté très remuant, allant de l’un à l’autre toutes les 2 minutes grand maximum, mais c’était un vrai câlin, pas un jeu pour nous escalader, pas accompagné de tapes ou de grands gestes brusques.

Rebelotte hier soir.

J’en ai pleuré.

J’ai senti un déclic égal à celui de l’automne dernier, l’impression que le ciel se dégageait d’un coup. Enfin un échange de douceur avec lui, enfin un échange réel d’amour. Et j’ai l’impression de l’aimer profondément, encore plus, de trouver la lumière qui me manquait au début de cette dernière semaine.

Penser à cet amour m’aide à chasser le vide et les cauchemars au réveil.