Mon corps et moi – Cycles

Je n’ai jamais pris la pillule. Je ne sais toujours pas si c’était une bonne décision, mais à l’époque ça me faisait peur. Les copines qui la prenaient avaient des problèmes en cascades, en changeaient régulièrement… et puis, je n’étais pas exposée au risque, ça ne m’intéressait pas je dirais.

J’ai été réglée à 14 ans, et jusqu’à ce que mes cycles me fassent faux bond, ils étaient irréguliers, plusieurs mois sans rien, toujours. De ce fait, je ne me suis pas inquiétée quand à nouveau plusieurs mois se sont écoulés depuis ce début 2007. Dernier cycle en janvier, puis rien le mois qui a suivi. On sort du trimestre, puis du semestre, puis de l’année, et toujours rien. Je me sens mal dans ma peau, je suis seule, j’ai arrêté très vite des études commencées sans conviction, alors je ne m’en préocuppe pas. Je suis à la maison où ma présence constante n’est pas très bien tolérée. A part quelques petits boulots, quelques jours ou après midi par-ci par-là, je ne fais pas grand chose.

Je me suis dit pendant un long moment que, vu ma situation, ça devait être psychologique. Puis enfin, un jour, la délivrance : un concours, une réponse positive, un travail enfin. Et puis, j’ai un homme dans ma vie depuis quelques semaines. Une fois tout intégré et lancé, ça va aller, mes cycles vont revenir, j’en suis persuadée. C’était en 2009. Juin, les premiers stages ; puis août et l’installation dans mon poste. Puis la rentrée 2010 et un déménagement. Puis janvier 2011 et mon homme qui vient vivre avec moi.

Toujours rien. Quand nous nous installons ensemble, ça fait presque 4 ans que mon corps ne fonctionne plus de ce côté là. J’attends encore quelques mois, et lors d’un rendez-vous banal auprès d’une généraliste fort sympathique, je me lance. Je lui raconte mon petit soucis et lui demande si elle connait une bonne gynécologue dans le coin, et elle me tend un nom et un numéro avec un sourire chaleureux. C’est une personne très bien me dit-elle, une femme qui ne juge pas les problèmes de poids car elle en a eu elle-même. Génial, tout ce qu’il me faut !

Alors je pars voir cette dame qui se révèle formidable, sauf qu’elle part en retraite bientôt… Je n’ai jamais pris la pillule et je ne le lui cache pas. Ca ne lui fait ni chaud ni froid, tant mieux ! Elle m’écoute avec beaucoup d’attention et me propose quelques examens à faire rapidement. Je m’exécute et je reviens la voir dans le mois qui suit. Prises de sang, échographie : tout va presque bien. Le seul bémol, c’est un taux d’hormones légèrement trop bas pour qu’un début de traitement soit envisageable. Ca ne marcherait pas. Elle m’a alors recommandé un acupuncteur. Elle a déjà envoyé plusieurs patientes dans mon cas le voir, et il a réussi à toutes les aider.

Cet homme réussira à m’aider moi aussi. Il a été tout autant à l’écoute et compétent que la gynéco. Au bout de 5 mois, mes cycles sont revenus, avec force symptômes que je n’avais pas souvenir d’avoir connus à l’adolescence. J’ai continué à le voir après mon déménagement car je restais dans le département, mais après le deuxième, j’étais trop éloignée, et j’ai arrêté de le voir.

Nous arrivons donc en 2013, mes cycles sont toujours là, irréguliers, assez espacés, mais je me rassure en me disant que j’en ai toujours au moins 1 mois sur 2. Mais en calculant, je me rends compte qu’ils sont de plus en plus espacés. Je me prends régulièrement à me rêver enfin enceinte, depuis le temps que nous le voulons… Mais au final, je retombe dans une spirale où je me sens très mal. Au travail rien ne va, je me fâche avec tout le monde, et la pression ne retombe pas une fois les portes des bureaux passées. Dans mon couple, malgré l’amour, je suis un peu perdue. J’ai l’impression de vivre avec un gamin, comme un couple d’adolescents. Et puis avec le reste de la famille, ça ne va pas fort non plus.

Je mets de nouveau mes problèmes hormonaux sur le dos de toutes ces difficultés. D’ici la fin de l’année 2013, je me suis raprochée d’un homme avec lequel je joue en ligne, et quand nous nous rencontrons enfin juste avant les fêtes, plus de place pour l’amitié, c’est le coup de foudre. En moins de 10 jours je décide de lui appartenir, de quitter mon compagnon avec lequel j’étais en couple depuis début 2009 et avec lequel je faisais tant de projets, plus pour me rassurer que par réelle envie. Enfin, à part le projet bébé. Celui-là, j’y pense depuis… toujours ?

Je ne m’inquiète pas de mes cycles quand je rencontre ce nouvel homme. Pour la première fois depuis des années, ils ne m’obsèdent plus. Ca fait au moins deux mois que je n’ai rien eu, mais je m’en fiche. Quelques jours après le nouvel an, un cycle revient dans une grande douleur, du moins les premiers jours. Puis la douleur disparait, mais pas le sang. Une semaine, puis 10 jours, deux semaines et ça continue…

J’étais enceinte. Je l’ai appris bien violemment, en faisant une échographie un peu en urgence prescrite par un médecin que j’avais vu quelques fois au début de ma prise de poste. Une échographie avec une grande perche de pétasse râleuse, qui ne s’est rendu compte à quel point elle était dure que quand j’ai éclaté en sanglots après qu’elle m’eu lâché d’une voix tonitruante que je faisais « une belle fausse couche ».

S’en suit un suivi qui a duré plusieurs semaines, à aller à l’hopital toutes les semaines pour prises de sang et échographies, vérifier que tout partait bien. Heureusement, ça a été le cas. Mais le moral en a pris un coup. Du premier au dernier jour, les saignements ont duré pile 2 mois. Deux mois à pleurer, à me recroqueviller sur moi-même, sans rien dire à mon ex et avec un tout nouveau chéri qui a été formidable et m’a soutenue tout du long. Ca auait pu nous éloigner, mais non, ça nous rapproche. Mon discours sur mon désir d’enfant ne lui fait pas peur, mais il me fait bien comprendre que ce n’est pas le moment pour nous deux. J’essaye d’être d’accord, mais je ne suis pas très rationnelle  de ce côté là.

Pendant le reste de l’année 2014, je n’ai du avoir que 3 nouveaux cycles si ma mémoire ne me fait pas défaut. Puis dès décembre, c’est devenu plus régulier : 32, 33, 35 jours pour chaque environ. Ca se répare, 2015 s’annonce bien ! Je commence même à sentir l’ovulation, l’arrivée des règles, je me sens mieux avec mon corps. Puis un cycle plus long, aucun symptôme, les larmes remontent en imaginant que ça repart en vrille. Mais non, le miracle est arrivé.

Depuis l’accouchement et sa suite de couches interminable, j’ai eu la surprise d’un deuxième cycle de 18 jours sans aucun symptômes. Pour ce troisième cycle, déjà 23 jours, et de nouveau aucun symptôme. J’ai l’impression d’être de nouveau « cassée »…

Je n’ai jamais pris de pillule. Pas non plus de stérilet, ni implant. J’y ai songé quand tout s’est « remis en ordre », mais l’idée ne m’a pas traversée longtemps. Je gardais en tête que j’aurais sûrement des difficultés à avoir un enfant, et prendre cette décision était à l’époque impensable. J’y pense à nouveau aujourd’hui. Enfin, pour être franche, c’est surtout mon loup qui y pense, ça tourne même à l’obsession. Il faut le comprendre, un bébé ça demande beaucoup de temps et d’énergie, il ne faudrait pas en refaire un autre dès maintenant. Cumuler les projets pro, les projets perso, la famille, les amis et le foyer avec enfant, c’est compliqué. Il faut le comprendre

Mais moi, avec mes cycles anarchiques et ce désir qui n’a pas disparu depuis la naissance de notre fils, je ne le comprends pas.

Une famille

Comme je le disais dans le premier article, je suis issue d’une famille très nombreuse. J’ai toujours voulu fonder mon foyer nombreux moi aussi, et j’ai posé ma pierre dans la continuité de ce grand édifice en mars dernier.

Cet enfant, je l’ai voulu toute ma vie, je l’ai encore plus ardemment désiré depuis mon entrée concrète dans la vie professionnelle en 2009. J’ai attendu d’emménager avec mon amoureux de l’époque, début 2011, évidemment. Mais comme mon corps refusait de fonctionner normalement, il a fallu aller voir des gens pour remettre tout ça en ordre.

J’en parlerai plus en détail dans un prochain article, mais le vrai problème était-il dans mon corps ou dans ma tête ? Toujours est-il que le vrai miracle est arrivé avec un autre homme, fortement désiré par moi mais pas par lui. Il a eu le temps de la grossesse pour s’y adapter, et il a réussi. Moi, j’ai eu le temps de la grossesse pour angoisser, trépigner d’impatience, imaginer, rêver.

Maintenant, je l’ai dans les bras. C’est un étranger. Je l’aime, mais j’ai l’impression de ne pas le connaître, de ne pas avoir voulu tant que ça qu’il soit là. Il me dérange autant qu’il me fait sourire, il me fait déborder d’amour autant qu’il m’insupporte. Je le regarde, et j’ai envie de m’éloigner. Je le regarde, et j’ai envie de le serrer dans mes bras. Je le regarde, et j’ai envie de partir, seule.

Je suis issue d’une famille très nombreuse. Avec plein de secrets, de tous les côtés, plein de non-dits, qui ont donné naissance à de nombreuses situations mesquines, empoisonnantes. Et pourant, chaque racine des problèmes rencontrés par les membres de cette famille a pour origine une blessure tue. Avec des bribes de mots et d’anecdotes glânées ici et là et interprétées, j’ai reconstitué une histoire douloureuse.

Est-ce parce que cette histoire est inscrite dans mes gênes que celle de mon foyer doit devenir douloureuse aussi ? C’est la question que je me pose ces dernières semaines. Je n’en ai pas envie, mais pour l’instant je n’arrive pas à le combattre. J’aimerais tout faire pour que la vie soit belle. Pas parfaite, mais belle. Je veux le meilleur pour mes hommes et, pour l’instant, je ne sais pas le leur donner.

Ce sera un des sujets principaux de ce blog. Parce que je n’arrive pas à l’aborder avec qui que ce soit que je connais, pas même ma moitié. Parce que j’ai besoin de l’écrire pour me rendre compte que c’est réel.

Un blog

Pourquoi un blog ?

J’ai longtemps écris pour moi, à une époque ça m’a aidée et soulagée, mais maintenant ce n’est plus le cas.

Commençons par le commencement, enfin, « en gros ». J’ai 28 ans, je suis issue d’une grande famille (comprendre famille nombreuse). Entrée dans la vie active depuis 2009 après des essais d’études peu fructueux, je ne m’épanouis dans mon travail que lorsque je travaille seule. Pas évident quand on est fonctionnaire et dans un grand bureau. J’ai de nombreux hobbies, les plus importants étant les jeux vidéos et les séries. Et les mots, tous les mots, sous toutes les formes. Lire, beaucoup, écrire, énormément. Je vis avec le Loup (mon homme) et le Chat. Les choses que je déteste, je n’en parlerai pas dans cet article, il y en a trop et elles feront l’objet d’autres billets.

Je m’y suis reprise à plusieurs fois avant de finaliser le paragraphe du dessus. Dans quel ordre coucher tout ça ? Envie d’en dire beaucoup mais le moins possible, faire de manière concise n’est pas mon fort. Ce sera peut-être bien pour de prochains articles, mais pour une présentation autant faire court et précis.

J’ai longtemps écris pour moi. En fait, en y réfléchissant, je n’ai jamais été constante dans mes écris « intimes », j’ai surtout écrit beaucoup de poèmes, de nouvelles et autres histoires courtes de personnages imaginaires. Aujourd’hui, j’écris publiquement non seulement pour me soulager, mais aussi pour laisser une trace, pour celles (et ceux ?) qui rencontrent des soucis similaires. Avoir des témoignages, espérer montrer une évolution. Voire espérer aller mieux.

Car c’est pour les soucis que j’écris aussi aujourd’hui. Mes problèmes avec moi-même, avec ma famille, qui sont quotidiens et qui sont en train de me gâcher la vie. Parce que je change d’avis tout le temps, parce que je n’arrive pas à m’assumer, et que ça retombe sur les gens qui m’entourent (sauf au travail, mais c’est un autre sujet).

Il n’y aura pas de noms ici, juste des pseudonymes, et quelques initiales pour les autres.

J’ai longtemps écris pour moi. Même si je reste anonyme, c’est avec la boule au ventre que j’écris de nouveau. Parce que je n’ai jamais aimé reconnaître ce qui n’allait pas, et qu’aujourd’hui, je fais un pas pour me forcer à ouvrir les yeux.