On ne va pas se mentir…

… et laisser penser que 2017 a JUSTE été une année de merde. D’ailleurs, si vous m’avez lue au long de cette dernière année vous savez qu’elle n’a pas été noire.

D’abord, il y a eu l’évolution de ma relation avec Monsieur J. On a avancé, on s’est découverts. Lors de sa première année de vie, c’était bien plus compliqué, mais nous avons fini par nous rapprocher, et encore plus depuis cet été, depuis mes congés « définitifs ». Nous avons passé plein de très bons moments lors du dernier trimestre de la grossesse, nous avions surtout trouvé un rythme qui nous convenait à tous les deux. Pas facile à garder aujourd’hui, mais on s’en sort pas mal je trouve.

Ensuite, il y a eu la grossesse. Dans mon élan a toujours vouloir recommencer ce que je juge « râté » plutôt que d’améliorer en premier lieu la situation existante, je rêvais d’un autre enfant à peine quelques mois après la naissance de Monsieur J. Un autre enfant, une autre grossesse, un autre accouchement, tout recommencer comme je le sentais, comme je le voulais, maîtriser la situation d’un bout à l’autre. J’ai eu la sensation de vivre une plus belle grossesse, l’accouchement a été à mille lieues du premier, et le début de vie de Miss K, malgré le cauchemar de la deuxième nuit et ses répercussions, a été bien plus calme et posé que celui de son grand frère. Pourtant, elle est loin d’avoir le même rythme, elle est plus demandeuse, elle se dépense plus donc est souvent fatiguée mais lutte pour rester avec nous… mais notre relation, même si elle est loin d’être parfaite, est plus facile qu’avec Monsieur J au même âge.

Pour finir, il y a la question poids. Début janvier 2017, je faisais un bilan poids de l’année passée après être montée sur la balance. Elle avait affiché 80.9 kilos. Ce matin, c’est un 73 tout rond qui est apparu, malgré la grossesse, malgré les excès de l’été et ceux des fêtes de fin d’année. Mon poids était à peine plus bas avant les fêtes, mais vraiment de très peu, je suis donc pas loin d’un poids que je n’ai pas connu depuis longtemps. La fin du surpoids, c’est pour cette année, si j’arrive à ne pas me rabattre sur la nourriture. Pour l’instant, en me remettant à fond dans le mode alimentaire que j’avais sur la fin de l’adolescence, adopté par maman depuis plus de 15 ans, je retrouve le plaisir de cuisiner en variant mes ingrédients. Je passe beaucoup plus de temps en cuisine, et les expériences plaisent à ces messieurs, donc ça me booste !

Malgré mon message négatif d’hier, je fonde beaucoup d’espoir sur cette année. Mêmes si mes efforts ne sont pas fructueux pour l’instant dans ce domaine, j’essaye de changer les choses entre mon Loup et moi, et si jamais cela dure trop et bien… en verra ce que ça deviendra. Il y a bien plus que nos seules deux personnes concernées.

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Jours de visites (2)

(si vous cherchez le (1), vous le trouverez en décembre l’année dernière, enfin l’année d’avant)

Tout d’abord je tiens à vous souhaiter une bonne année, à vous toutes (et tous ?) qui me lisez. Je n’ai jamais été douée pour les voeux et les résolutions, je ne sais pas trop quoi vous souhaiter. Avec mon père, chaque nouvelle année, on se souhaite qu’elle soit meilleure que la précédente. C’était encore râté pour 2017, comme ça l’avait été pour 2016, 2015, 2014 et 2013… voire antérieurement. Entre les maladies, les cancers et les décès (pas liés aux maladies et cancers hein, les décès, faut bien toucher le plus de monde possible…), les problèmes de couple pour l’un et de famille pour l’autre, les problèmes financiers et des actions en justice qui traînent, ça n’aura pas été tout rose pour lui et moi.

Ouais, vous voyez, je suis joie. Joie et réussite.

Psychologiquement, je ne tiens plus. J’ai l’impression d’être un moulin, toujours à tourner, sauf quand il faudrait, surtout quand il faudrait pas. Ah non, pas un moulin, plutôt une eolienne, le truc que tu peux désactiver pépère, pour que ça tourne pas même si y’a du vent. Voilà, une éolienne. Certains mots, certains gestes, qui pourraient paraître insignifiants, me mettent à plat complètement.

J’ai l’impression de ne plus prendre plaisir à rien, ou du moins sur le long terme, puisque même ce qui pourrait me réjouir ponctuellement finira tôt ou tard – mais souvent tôt, très tôt – par être gâché. De préférence, par la personne qui devrait illuminer ma vie.

Et pourtant, lors de ces jours de visites, j’ai eu l’impression d’être une autre personne.

Je me suis lâchée. Nous avons vu maman plusieurs fois, des amis, les grands-parents paternels de mon homme, mon père, et belle-maman pour clore le festival des fêtes ce dimanche. Ca n’a pas loupé : à chaque sortie, je me sentais revivre, je me sentais entière, je me sentais « jeune » (entre guillemets parce que physiquement je ne suis pas vieille, mais je me sens vieille pourtant). Mais surtout, je me comportais n’importe comment.

J’ai mangé plus que de raison, n’écoutant plus du tout mon corps, bu très certainement des litres d’alcool de tous genres, ri aux blagues nulles de mon frère, pleuré l’absence du second, papoté plus que de raison… et pourtant, rien n’est sorti. Rien de concret, rien du malêtre qui m’habite une fois de retour à la maison.

Ces jour de visite m’ont soulagée, quelque part, et j’attends les suivants avec impatience. La moindre sortie est une bouffée d’air, être avec une personne autre que ma moitié me redonne le sourire, et j’ai même la sensation de mieux profiter de mes enfants, d’avoir plus envie d’être avec eux, que quand nous sommes tous les 4 avec leur père.

Les prochaines visites vont se faire rares. Il y aura bien la sage-femme pour la rééducation (cette femme est un trésor, elle a débarqué chez moi pour voir comment j’allais parce que je ne donnais pas de nouvelles), mais je n’ai pas encore remis les pieds à la pmi ou chez mon médecin, et je n’ai pas non plus décroché le téléphone pour reprendre rendez-vous au CMP.

Même les visites « virtuelles » se font rares. Alors que je prenais plaisir à communiquer, même juste pour un petit mot par-ci par-là, je ne m’en sens plus le courage en ce moment. Il y a toujours cette petite voix, tapie, qui dit que si je commence à parler, je vais finir par déballer, par souler mon interlocuteur… Ici, ce n’est pas pareil, c’est mon espace, et j’avais besoin de poser ces mots. Mais même les visites bloguesques se font rares, et j’ai fait une croix sur les commentaires.

Les mots ne sortent plus si bien, finalement.

Les Adieux

Samedi avait lieu l’enterrement de mamy.

En arrivant le long de cette petite église perchée dans des hauteurs quelque part en Bourgogne, j’ai eu le plaisir de retrouver l’intégralité de ma famille, tous ayant pu faire le déplacement.

Mais c’est une fois dans le bâtiment saint que j’ai été frappée. L’église était déjà à moitié pleine. Tant de visages inconnus qui se levaient vers nous, vers la nouvelle génération dormant tout contre moi. Des sourires émus de dizaines d’inconnus, beaucoup de larmes silencieuses. En m’installant sur un banc, je souris à mon tour, devant la jolie photo choisie pour servir de couverture au livret de la cérémonie. Difficile de retenir mes larmes, mais j’y arrive encore.

Une très belle cérémonie a suivi. Les enfants sont venus lire chacun un hommage ou un passage de la Bible, ou encore un chant qu’elle aimait particulièrement. J’ai senti mon père très amer en plus d’être triste. Je crois qu’il a été le seul à ne pas verser une larme, ou du moins devant nous.

Nous, les petits-enfants, somme venus encercler le cercueil pour y déposer des bougies. A ce moment-là, encore une fois, j’ai essayé de retenir mes larmes. Elles ont commencé à couler silencieusement quand nous avons regagné nos places.

C’est une fois dehors que j’ai fini par craquer.

Une amie de la famille, un peu plus jeune que mon père, qui les a connus presque toute sa vie, discutait avec ma tante quand elles sont venus vers moi. Je l’avais déjà trouvée belle, l’année dernière, quand on s’était rencontrées lors de l’anniversaire de mon oncle, dans la maison de campagne familiale. Les larmes qui ruisselaient sur ces joues ce samedi d’hiver la rendaient rayonnante malgré la tristesse. Sa douleur sincère et profonde m’a touchée, et la phrase qu’elle a prononcé m’a fait craquer.

Alors qu’elle posait son doux regard sur Miss K, elle a murmuré « une qui nous quitte pour une qui nous rejoint ».

J’ai éclaté en sanglots. Je pense que c’est à cet instant que j’ai compris qu’elle était partie. Ni les prières ni le cercueil n’avaient eu cette effet, pas même cette jolie photo sur le livret, pas l’évocation de sa vie ou les larmes sur les joues de mes voisins… juste des mots volés d’une presque inconnue.

Nous nous sommes rapprochés, et nous avons dit adieu, tous ensemble.

Et pendant que nous disions adieu à notre aïeule, ma cousine, ma chère cousine, la grande soeur de mon enfance, disait adieu elle aussi. Derrière des larmes qu’elle cachait sous un sourire confiant, elle disait adieu à sa petite graine de bébé. Troisième fausse couche après 6 semaines d’espoir, la première de leurs nouveaux essais.

Alors, au pied de l’église, bien que loin de ma propre foi et de mes propres temples, j’ai prié non seulement pour mamy, mais aussi pour ces petits bébés en devenir qui n’ont pas voulu venir parmi nous. Qu’ils veillent tous à ce qu’une nouvelle vie vienne agrandir leur famille, notre famille, très bientôt.

J’y arrive pas

Elle a eu un mois hier.

Le jour de sa naissance, j’ai trouvé mon conjoint transformé, malgré son empressement à nous quitter, que j’ai mis sur le compte de l’heure, puisqu’il allait partir le lendemain. Oui, il est transformé. Notre vie est transformée.

Entre nous, chaque journée est pire que la précédente.

J’y arrive pas. Nouvelle crise, nouveaux cris, nouvelles larmes, chaque jour.

Et pourtant, il y en a des choses qui me font sourire. Une photo d’échographie envoyée par mon frère, les longues conversations par messages avec ma meilleure amie, la sortie du vendredi matin à la PMI pour Monsieur J, le soutien de mes parents qui essayent de me soutirer des informations sur notre situation actuelle, puis qui détournent tout pour me faire rire, un billet de blog qui annonce une belle nouvelle, un petit mot échangé au cours de la journée avec mon loup…

Je me surprends même à en être euphorique ! Réellement ! Plusieurs fois par jour d’ailleurs. Chaque journée à son moment, et il est rarement unique. Tant de moments à voir la vie belle. Ou pas.

Et au milieu de ça, il y a les autres moments de larmes. La disparition de mamy, l’anniversaire de la mort de ma grand-mère qui approche à grands pas… mais surtout, il y a tout ce qui s’est passé autour des 10 premiers jours de vie de Miss K.

Mais voilà, j’y arrive pas. Je n’arrive pas à raconter. Je n’arrive pas à dire à quel point le bonheur d’un accouchement « réussi » s’efface peu à peu et ne me permet pas de me relever de la douleur quotidienne engendrée par ces quelques heures de cauchemar qui survenue cette seconde nuit, et de cette relation qui commence à m’empoisonner.

Tant que j’ai encore assez de volonté pour poser les mots en vrac, autant le faire. Ca m’aidera peut-être à venir raconter les détails plus tard.

Deux mots : rétention placentaire. Comme pour Monsieur J. Sauf que pour cet accouchement, l’équipe était intervenue rapidement, appelant le gynécologue qui était venu m’endormir pour une révision utérine menée vite fait bien fait.

Cette fois-ci, la sage-femme a supposé, a tâté, a pressé, a insisté, a soufflé avec moi, puis a décrété que tout était parfait.

Non, ce n’était pas parfait. Avoir envie de pousser, seule en pleine nuit, avec bébé au sein, et se retrouver debout dans une mare de sang et de débris gros comme le poing, ce n’est pas parfait.

Depuis un mois, j’ai des douleurs fantômes, des gênes, des envies de pousser. Je me réveille encore la nuit en pleurant. Je sais qu’il n’y a plus rien. La gynéco de garde de cette nuit là me l’a bien montré à l’échographie, ma super sage-femme libérale qui me suit à la maison tâte et me rassure, tout est en place.

J’y arrive pas. Même si je n’y pense pas toute la journée, je n’arrive pas à chasser ce souvenir. Malgré les bons moments, il y a toujours ce spectre derrière. La moindre douleur au ventre, même légère, me fait fondre en larmes. J’en deviens parfois hystérique.

Et lui, l’homme sur qui je devrais pouvoir me reposer, ne comprends pas et ne m’aide pas.

Elle ne l’avait jamais trouvé beau

Au milieu de toutes mes pensées de ces dernières semaines, qui m’ont fait commencer plusieurs articles sans jamais arriver à publier quoi que ce soit, il y a eu ce coup de fil hier soir.

En voyant s’afficher le numéro de mon père, j’ai décroché avec un grand sourire. Il venait de passer un concours important et j’avais envie de savoir comment ça s’était passé. Ses réponses étaient lentes, traînantes. En à peine quelques phrases, j’ai réalisé l’heure qu’il était. Il n’appelle jamais aussi tard.

« Vous savez, votre papy, je ne l’ai jamais trouvé beau. Ce n’est pas ça qui compte, ça n’a jamais compté. »

C’est ce que mamy nous avait dit, un beau matin d’été, quelques heures avant le mariage de ses filles, dans un grand hotel en montagne où toute la famille s’était réunie. Ils m’avaient toujours semblé être un couple atypique, dans leur manière de se parler, dans leur manière de faire des choses chacun de leur côté, ayant chacun leur propre cercle d’amis, leurs propres activités. Ils semblaient si différents, et ils l’étaient.

Leur histoire, ce sont des hauts et des bas, un jeune comptable qui tombe amoureux d’une étudiante ingénieure à la toute fin des années 50. Elle tombe enceinte, leurs parents les forcent à se marier rapidement et à cacher ce début de grossesse. Ils clameront pendant plus de 50 ans que leur première fille est née grande prématurée, pour « coller » à la date de ce mariage. Evidemment, ce n’était pas le cas.

Leurs famille ne s’aiment pas. Celle de ma mamy dénigre l’autre. De bonne naissance, engagée dans de belles études, leur fille n’aurait pas du s’acoquiner d’un simple petit comptable.

De plus, elle ne l’avait jamais trouvé beau. Mais ils s’aiment. Ils ne voulaient simplement pas de cet enfant. Ni du deuxième – mon père – qui arrive à peine plus de 13 mois après sa soeur. Toute leur vie, ils leur feront sentir qu’ils n’étaient pas désirés.

Quatre autres enfants suivront. Une nouvelle fille, puis un garçon, et encore deux filles. L’avant-dernière est née malade. Personne n’a jamais su ce dont elle souffrait, mais après des semaines d’hospitalisation, mes grands-parents ont levé un grand doigt au corps médical et ont emmené, contre leur avis, leur petite fille à la maison. Elle vivra presque 5 ans avant de s’éteindre, du jour au lendemain.

Les décennies qui ont suivi n’ont pas été roses. La famille était toujours très présente, quelles que soient les générations, mais les maladies ont frappé. Crises cardiaques pour eux deux, chutes, cancers… dont un frappera leur deuxième fille et l’emportera peu après son cinquantième anniversaire.

Elle ne l’avait jamais trouvé beau. Elle l’aimait, tout simplement. Cet amour infini qu’elle lui donnait, elle ne l’a pas donné à ses premiers enfants, et peu aux suivants. On aurait pu penser que les épreuves qui ont suivi, les histoires de famille, la perte de deux de leurs filles, la maladie de l’un et de l’autre, auraient fait changer leurs mentalités, les auraient poussés à s’exprimer plus. A s’exprimer mieux. A s’exprimer, tout court.

Ca aurait été tellement simple. Leurs coeurs ne se sont jamais ouverts plus qu’ils ne l’étaient déjà. Ils étaient stricts, mais pas trop, ils nous ont tant appris, à nous leurs petits-enfants, mais sans amour, jamais. Pas un mot doux, pas de caresses, ni bisoux ni câlins.

Il en a été ainsi jusqu’au décès de papy, quelques jours avant la naissance de Monsieur J. La première – et seule – fois où elle a vu notre fils, mamy a eu un sourire chaleureux. Les yeux plein de larmes, dans une expression que je ne lui avais jamais connue, elle m’a dit à quel point mon papy était heureux et impatient de devenir arrière-grand-père. Puis, fidèle à elle même, elle a retrouvé bien vite son visage souriant sans être sincère, et ce comportement distant. Elle a parlé encore un peu de papy le long de la soirée, mais sans chaleur.

Elle ne l’avait jamais trouvé beau. Elle l’aimait, tout simplement. Malgré leurs comportements distants, ils s’aimaient si fort qu’ils ne pouvaient pas vivre longtemps l’un sans l’autre.

C’est ainsi qu’hier soir, sans que sa santé ne se soit dégradée, sans être malade, du haut de toute la force d’un corps de plus de 80 ans qui s’est relevé de deux crises cardiaques, de deux cancers, et de la perte de nombreux membres de sa famille, elle s’est éteinte après un « simple » malaise.

Elle ne l’avait jamais trouvé beau, mais je suis certaine que leurs retrouvailles dans l’éternité les a magnifiés.

En à peine quelques phrases, j’ai réalisé l’heure qu’il était. Il n’appelle jamais aussi tard. Estomaqué, sans voix, sans larmes. Sa maman est partie, ses parents sont partis. Jamais de toute sa vie de bientôt 60 ans il ne les aura entendu lui dire qu’ils l’aimaient.

Je suis triste qu’elle soit partie, peut-être pas autant que je le devrais. Je suis plus attristée par cette génération qui s’éteint que par sa disparition à elle en particulier, malgré de très nombreux souvenirs agréables. J’avais envie de parler un peu d’elle, d’eux, de laisser une trace ici, au milieu des histoires de notre vie, qu’elle a tout de même contribué à construire.

Ce 30 octobre 2017

Deux semaines aujourd’hui que Miss K nous a rejoins. Elle nous comble même si la vie n’est pas facile depuis le retour à la maison, surtout entre ses parents.

Avant de me laisser aller à parler des difficultés, je voulais laisser sur ce blog une trace de son arrivée, de cette journée parfaite du 30 octobre dernier.

 

4h40

Nouveau réveil nocturne, ce sera le dernier. Quelques larmes, comme tous les matins. Le travail ne s’est toujours pas déclenché, j’en suis à mon 30ème jour de contractions, ces mêmes contractions qui vont m’empêcher de me rendormir ce jour-là. Je me lève donc et vais passer quelques heures seule dans le salon.

7h00

Hyper ponctuel, Monsieur J signale son réveil en se balançant dans son lit. Lever, câlin, biberon installés tous les deux dans le canapé. Dès qu’il est auprès de moi le matin, je me sens mieux, je retrouve le sourire. Le temps d’un fruit et d’un biscuit et son papa se lève à son tour.

9h00

Départ de papa loup pour le boulot. Les contractions se calment d’habitude une fois levée, ou du moins se font plus discrètes, aujourd’hui ce n’est pas le cas.

10h00

Dehors ! Il fait plutôt beau malgré le froid, nous allons pouvoir partir jouer au petit parc en centre ville. Mais d’abord nous faisons quelques courses, faisant entre autres le plein de bonbons pour distribuer aux petits voisins déguisés qui viendront taper à la porte le lendemain soir. Pendant le trajet et les courses, j’ai la tête ailleurs, mais une fois au parc, à courir dans tous les sens après Monsieur J qui veut tout essayer comme à son habitude, je sens mon ventre qui se tend régulièrement. Pas de douleurs, mais impossible d’ignorer ces contractions, elles semblent plus rapprochées que ces derniers jours.

13h30

Premier spasfon de la journée. Nous sommes rentrés pour midi, avons avalé un rapide repas de restes du week-end, et Monsieur J est au lit depuis peu. Je m’installe devant l’ordinateur pour écrire un peu, mais régulièrement mes mains se posent sur mon ventre pour réaliser que ces sensations sont toujours là. Toujours proches, toujours pas de douleurs, on verra bien si aujourd’hui le médicament fera effet, et dans combien de temps…

14h30

Bon. En général, je laisse encore au moins une demie heure voire une heure au spasfon avant de décider qu’il ne fait aucun effet et de tester une autre méthode. Cette fois-ci, trop désireuse de connaître la fréquence réelle des contractions, je dégaîne mon portable et une application téléchargée il y a peu. C’est parti pour prendre la mesure : durée et écart.

15h00

Un peu moins de 4 minutes entre chaque, et une trentaine de secondes de durée. Une certaine tension me gagne, ainsi que de l’impatience. J’éteinds l’ordinateur et je débarrasse la table avant de m’installer avec les bonbons et des petits sachets à préparer. Je me lance dans la confection tout en continuant de noter les contractions. Rapidement, je suis obligée de me lever à chaque nouvelle tension, pour rester debout définitivement, pour trouver des positions qui me soulagent.

16h00

La douleur commence à s’insinuer doucement, mais je suis encore sur mes gardes. Pas envie de m’alarmer pour rien comme trois jours auparavant, à partir en catastrophe pour la maternité pour que les contractions s’arrêtent une fois là-bas. Je me sens étrangement sereine malgré la douleur. J’appelle mon loup tout de même pour le prévenir, en convenant de le rappeler une heure plus tard si l’intensité augmente. Ce ne sera pas son heure habituelle de départ du boulot, mais comme on est vendredi, il pourra toujours partir un peu plus tôt si besoin, sans que ça impacte son service.

17h00

Monsieur J est assis sur les tapis de bain, en train de siroter son biberon du goûter, pendant que je suis penchée au dessus du lavabo, appuyée sur le meuble, au téléphone avec papa loup, à m’interrompre à chaque nouvelle contraction. Prochain RER dans moins de 15 minutes, il pourra être là dans une grosse demie heure. Je l’informe que les contractions durent maintenant en moyenne une minute et sont espacées de moins de trois. Alors ça y est, c’est vraiment pour aujourd’hui… J’appelle ensuite mon père qui devait être disponible pour passer prendre Monsieur J et l’emmener chez lui en attendant que ma mère puisse venir tenir la maison. Manque de bol, il est en rendez-vous en urgence dans un autre département, et même si l’Île-de-France n’est pas si grande, il ne pourra pas être là avant au moins 3h. Coup de fil à maman, qui fait tout pour partir le plus vite possible mais qui n’aura un train qu’une heure plus tard. Dire qu’elle était avec nous ce week-end…

18h30

Problèmes de RER. Monsieur loup arrive enfin. Quelques minutes après nous descendons les quatre étages et rejoignons la voiture. Il me faudra deux pauses avant de m’y installer alors qu’elle est au pied de l’immeuble. A peine sortis de la résidence, un voyant s’allume : nous sommes sur la réserve, il va falloir faire le plein… Direction le centre commercial dans la direction opposée. Les contractions sont bien plus difficiles à gérer assise, et malgré les cours de sophro j’ai du mal à m’enfermer dans ma bulle et à ne pas entendre mes deux hommes râler.

19h15

Je suis installée en salle de consultation aux urgances maternité, après trois nouvelles pauses entre la sortie de la voiture sur le parking devant les portes et les couloirs qui m’ont semblé interminables. La douleur semble moins forte qu’en voiture, donc je gère mieux de nouveau. Chaque fin de contraction est une délivrance qui s’accompagne presque de plaisir qu’elle se soit arrêtée, ça rend tout plus facile ! Malgré une affreuse envie de faire pipi je n’arriverais jamais à remplir le petit gobelet pour les dernières analyses rapides. On passe donc à l’auscultation : je suis déjà à 5. C’est parti pour la salle de naissance.

20h30

Mon Loup me rejoint enfin en salle de naissance. Il était resté avec Monsieur J jusqu’à l’arrivée de maman qui est venue bravement le chercher jusqu’à l’hopital. J’ai eu un premier monito d’une petite trentaine de minutes et je ne suis déjà plus branchée, conformément à mes souhaits pour le projet de naissance. Comme je n’aurais pas de péridurale et que je veux rester mobile, on me fait changer de salle pour laisser celle-ci à une future maman qui a besoin de plus de médicalisation. Dommage, malgré les mauvais souvenirs qui l’habitent, c’est la pièce qui avait vu naitre Monsieur J. La nouvelle salle quant à elle est celle de la deuxième nuit à l’hopital, lors du dernier séjour, où j’avais reçu de fortes médications pour m’aider à gérer ce travail qui tardait à se lancer réellement. Avant de rejoindre cette dernière pièce, nous passons rapidement en chambre déposer mes affaires. Chambre double déjà partiellement occupée, par une maman qui a accouché le matin même d’un petit poids plume. C’est impressionnant de se retrouver face à un si petit bébé.

21h00

Nouveau contrôle du col. Je suis passée à six. Mon loup me regarde, un grand sourire aux lèvres, et me lance joyeusement que c’est pas mal 1 centimètre tous les deux heures, ça veut dire qu’il n’en reste que 8 à attendre ! Je crois que j’aurais pu le tuer sur le coup… mais c’est certainement cette tirade plutôt déplacée qui a eu un effet supplémentaire sur ma tête et mon corps. Malgré la douleur, je cherche à chaque nouvelle contractions les positions qui font appuyer le plus possible sur le col. J’alterne comme je peux la position debout, des étirements, puis sur le lit à genoux ou à quatres pattes… Mon loup m’accompagne dans la respiration et ça me permet de trouver un certain apaisement, quelque part.

21h30

Je m’effondre sur le lit, allongée sur le côté. L’intensité augmente en flèche à chaque contractions, et j’ai moins d’écart entre chaque que leur durée. Premiers cris, premières angoisses, qui font revenir la sage-femme. Elle profite que je suis allongée pour contrôler de nouveau le col, qui est passé à 7/8. Cette fois-ci, je serais incapable de me relever, même en restant sur le lit, alor j’adapte ma posture en basculant légèrement en avant. A peine la sage-femme ressortie, l’envie de pousser sur la toute fin des contractions se fait sentir, mais je ne veux pas rappeler le personnel tout de suite. J’ai peur d’être de nouveau « envahie » comme la dernière fois, je ne veux pas voir du monde dans la salle.

21h40

Après plusieurs minutes à suivre mes réponses négatives, mon loup décide de rappeler la sage-femme, qui arrive avec une puéricultrice. Elles resteront toutes les deux jusqu’à la fin, et seulement elles deux. Pas de nouvel examen du col, elles suivent mes sensations vu que j’ai envie de pousser tout le temps. Je n’arrive pas à me sentir à l’aise sur le côté alors je finis par me tourner sur le dos, au moment où la poche des eaux se rompt. Les pieds sur le matelas, les mains appuyées sur les cuisses et le dos rond, je continue de pousser. Y’a pas à dire, c’est tellement mieux sans les étriers… Les contractions sont interminables. Arrive le « cercle de feu » que je découvre cette fois-ci. Je n’ai pas eu du tout cette sensation pour Monsieur J. Pour tenter de sourire, je repense à la « grosse tête » annoncée par le doc lors de la dernière échographie. Ouais, je le sens bien passer le 95ème percentile, pas de problème !

22h00

Un premier cri. Notre fille est posée délicatement sur mon ventre, je ne peux pas m’empêcher de la serrer fort, en larmes, pendant que papa Loup coupe le cordon. Elle est enfin là. L’expression de son père me fait un instant oubier toute la douleur traversée ces dernières heures. Il a les larmes aux yeux et il sourit. Je ne l’ai jamais vu comme ça, vraiment.

Nous sommes restés deux heures en tout en salle de naissance après son arrivée, dont un peu moins d’une heure en tout seuls tous les trois, en plusieurs fois. Mais moins d’une demie heure après sa naissance, les réflexes archaïques se sont mis en marche et elle a trouvé le sein presque toute seule, alors que je me faisais submerger par l’émotion d’avoir le droit de vivre ce moment intense dont on m’avait privée à tort 20 mois plus tôt à la naissance de son frère. Ca m’a aidé à surmonter les douleurs et mauvaises nouvelles qui ont suivi, du moins jusqu’à la nuit suivante.

Les suites immédiates, ainsi que les 36h qui ont suivi, n’ont pas été vraiment marrantes, donc. Mais elles feront l’objet d’un autre récit. Ma fille va bien et n’a pas eu de problèmes depuis sa naissance, mais rien que l’idée, rien quà y repenser, les larmes montent bien trop vite.

À nous Quatre

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Restons dans les titres de films, même si celui-ci n’est clairement pas du même registre que le précédent !

Nous sommes 4 depuis hier. Miss K nous a rejoint un peu avant 22h, après une journée de contractions et moins de 3h après l’arrivée à la maternité.

En vrac : elle est tout l’opposé de son frère, de même pour l’accouchement si différent du précédent, j’ai pu donner la tétée d’accueil dont je rêvais tant et j’ai la sensation que cette nouvelle naissance a transformé mon homme.

Je trouverai le temps de venir vous en dire plus ces prochains jours ❤