La malle et le passager

[Post initialement écrit le 15 mars 2018]

Se faire la malle : partir, s’enfuir.

Le site expressio nous dit :

Cette expression semble apparaître vers 1935 dans les milieux carcéraux pour signifier « s’évader ».
Construite sur le même modèle que les expressions argotiques « se faire la belle » ou « se faire la paire », elle marque simplement le fait que l’évadé est, au figuré, « parti en voyage » et qu’il a donc préparé et emporté sa malle ; même si, dans la réalité, il est peu probable qu’il se soit encombré de ses effets avant de disparaître.

Mais peut-être que je lui préfère finalement l’expression filer à l’anglaise. Elle m’a toujours fait rire cette expression, surtout depuis que je sais que nos amis de l’autre côté de la Manche nous la retournent bien 😉 Filer à l’anglaise, c’est donc disparaître sans que personne ne le remarque, partir sans se faire remarquer, sans dire au revoir.

Il y a donc quelqu’un, ou plutôt quelque chose, qui s’est fait la malle… et à sa place, depuis un mois, un petit passager.

Je ne sais pas quoi penser, à part que je m’en veux énormément. Je n’ai pas eu besoin de le dire à ma sage-femme, qui l’a lu sur mon visage, et s’est empressée de dire que si je devais en vouloir à quelqu’un, c’était à elle. Qu’elle n’avait pas fait de contrôle, ni au bout d’une semaine, ni au bout d’un mois, alors qu’on se voyait régulièrement.

Mais comment lui en vouloir ? Elle est si douce et prévenante, a pris tant soin de moi pendant cette précédente grossesse et lors du retour à la maison…

[Fin du post initialement écrit le 15 mars 2018]

Au vu des précédents posts, vous comprenez donc qui s’est fait la malle, et qui est le passager.

C’est en revenant de ce rendez-vous, que j’ai écrit ce post, le lendemain de la deuxième prise de sang. J’étais en larmes en le rédigeant, ce que ne reflète pas du tout le texte. Je n’étais ni triste ni malheureuse d’être enceinte, j’étais simplement en plein conflit intérieur. Je le suis toujours un peu, malheureusement, mais les jours qui avaient précédé, les disputes avec mon loup étaient nombreuses, et les doutes sur les temps à venir encore plus.

Il y avait aussi des larmes de soulagement. Je n’avais plus jamais fait de prises de sang successives depuis ma fausse couche début 2014, et de voir à 48h d’intervalle un taux qui n’avait pas doublé m’avait filé la chair de poule. Entre ces chiffres et la présence encore supposée du stérilet avant l’examen, j’avais tout imaginé : grossesse non évolutive, grossesse extra-utérine, fausse-couche en cours ou future, perforation utérine… La sage-femme avait commencé par un toucher vaginal pour tenter de sentir le stérilet et n’avait rien pu atteindre, et c’est avec l’échographie que nous nous sommes toutes les deux rassurées. Elle avait les mêmes peurs que moi et envisageait de me faire partir aux urgences après notre rendez-vous si le stérilet avait encore été en place.

Le soulagement n’a pas été immédiat, d’où la tension tout le reste de la journée, jusqu’au relâchement, partiel au moment de la rédaction de l’article.

Aujourd’hui je n’en veux à personne, je ne profite pas encore vraiment de cette grossesse ceci dit, même si j’en ai bien l’intention. Malgré le déclic, un petit blocage persiste, notamment vis-à-vis de certaines sensations, dont celles du jour de l’échographie du 1er trimestre.

Mais tout ça fera partie d’un prochain article.

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Résumé des épisodes précédents… et de ceux qui vont suivre !

Dans les jours qui viennent, je pense pouvoir réussir à publier quelques uns des nombreux articles commencés ces derniers mois. Maintenant que le blocage s’envole peu à peu, je relis ces dizaines de brouillons, regroupe quelques idées, efface des mots que je ne supporte pas d’avoir remployé… et je vais finir par en mettre la plupart ici.

En attendant, retour rapide sur ces dates et ces évènements sur lesquels je vais revenir prochainement. Je ne m’étends pas trop puisqu’il y aura des articles complets sur le sujet.

30 octobre 2017 : naissance de Miss K.

30 octobre 2017 – 3 novembre 2017 : séjour à la maternité. La bulle de bonheur aura duré à peine 24h avant le cauchemar, le refus d’allaiter, le besoin de s’y remettre puis, comme la dernière fois, le manque de soutien de la part de chéri…

3 novembre 2017 – 19 novembre 2017 : les deux premières semaines à la maison sont un cauchemar. La présence de chéri, loin de me soulager, m’étouffe et complique la situation. L’allaitement s’arrête, je manque d’abandonner ma famille sous le coup du chagrin après plusieurs interventions sans bienveillance.

période des fêtes, fin 2017 / début 2018 : les diverses sorties sur lesquelles j’ai écrit à l’époque me faisaient beaucoup de bien sur le coup, mais avec le recul, plus de mal qu’autre chose. Je ne sais pas si je reviendrai là-dessus, mais ce sont encore et toujours ces histoires de familles minantes, surtout du côté de mon Loup…

8 janvier 2018 : ma géniale sage-femme reprend contact avec moi pour le suivi, elle s’inquiétait de ne plus avoir de nouvelles… elle vient jusque chez moi et nous planifions nos prochains rendez-vous.

18 au 28 janvier 2018 : pose du stérilet. Douleurs, saignements, contractions… deux jours plus tard les saignements arrivent. Règles pendant 8 jours dont 3 jours hémorragiques et de lourdes contractions. Je me change toutes les heures, parfois intégralement, et je passe beaucoup de temps sur les toilettes à défaut de pouvoir bouger. Je suis pourtant en déplacement chez ma meilleure amie, en train de perdre son compagnon chat.

février 2018 : tous les samedis je revois ma sage-femme pour la rééducation. Nous ne contrôlons pas la pose du stérilet étant donné qu’il s’était bien positionné le jour de la pose et que les douleurs se sont arrêtées à la fin des règles.

3 mars 2018 : dernier rendez-vous rééducation, toujours pas de règles. J’avais des cycles longs et irréguliers avant les grossesses et entre les deux, mais là, ça fait vraiment long. Elle me donne un test urinaire et me dit de le faire samedi prochain au matin si pas de règles d’ici là.

10 mars 2018 : pas de règles, test positif. Mail dans la foulée, ordonnance bHCG reçue : la prise de sang 2 jours plus tard donnera un taux de 2121 ui, et la suivante 48h encore après donnera 3666 ui. Peur d’une GEU, d’une perforation, d’une fausse-couche. Ma sage-femme me reçoit à son cabinet entre deux consultations pour une rapide échographie. Surprise : pas de stérilet dans l’utérus, mais un embryon bien placé. Soulagement de courte durée, maintenant il faut prendre une décision.

28 avril : première échographie, celle du 1er trimestre. Mon absence d’émotions et de sensations me fait peur, comme les jours et semaines qui suivront.

Entre le dernier rendez-vous avec la sage-femme et l’échographie, ainsi que dans les semaines qui ont suivi cet examen, mon chéri a beaucoup négocié. Il était hors de question pour moi de me « débarrasser » de ce bébé. Je n’ai rien contre l’avortement, mais ce n’est pas pour moi. Mon passé me hante et je serais bien incapable de faire ce geste. Je fais l’erreur de promettre d’y réfléchir, mais je ne cèderai pas.

Je reviendrai aussi sur ces « négociations » dans un prochain article, et sur les sentiments de mon loup en général, qui semblent ne pas évoluer malgré quelques grandes contradictions.

Chute & Déclic

Comme dit dans l’article précédent, j’ai eu un déclic. Il est survenu brusquement hier, aussi brusquement que la chute qui l’a déclenché.

J’ai eu le temps de voir chaque élément m’entourant basculer, se précipitant vers nous, le sol se rapprocher, s’éloigner, puis se rapprocher de nouveau et, surtout, de voir mon bébé m’échapper, pivoter et approcher dangereusement du radiateur fixé à l’angle derrière nous. J’ai vu nos têtes frapper l’une contre l’autre, j’ai vu mon bras se serrer trop près de sa nuque et de sa gorge.

Pourtant, il ne s’est rien passé de tout ça. Cette chute, malgré la douleur, n’en était pas vraiment une. Alors que j’étais installée sur un tapis au sol, j’ai fait ce que je ne fais jamais habituellement : tenter de me relever avec Miss K dans les bras. Fatiguée comme j’étais, je n’ai pas trouvé mes appuis habituels, et j’ai simplement basculé en arrière, cognant contre le mur, en bousculant et renversant au passage la plupart des jouets autour de nous, dont un portique qui a fini sa course sur ma tête.

J’ai paniqué comme jamais. J’ai cru lui avoir fait du mal, j’ai cru que j’avais blessé ma fille, je me suis vue sans elle, la pleurer, en l’espace des quelques secondes qu’a duré la chute. La panique qui a suivi a duré un long moment, mais j’étais bien entourée.

J’étais au CMP, en atelier, entourée de professionnelles et de deux autres mamans et leurs bébés du même âge que Miss K. J’ai été vite rattrapée, puis redressée, la demoiselle a été récupérée le temps que je soit installée dans un coin opposé, dans un gros tas de coussins et de couvertures.

Elle a rejoint bien vite mes bras, en pleurs. Ce n’était pas la chute qui en était la cause, puisqu’elle n’avait rien eu, elle me voulait juste moi, et pas les bras d’une « inconnue ». Elle ne m’a pas échappée, je ne l’ai pas étouffée, ni cognée, juste protégée…

Après la panique, c’est là qu’est arrivé le déclic. J’étais en pleine proie à mes sentiments contraires ces dernières semaines, à me demander, malgré quelques instants sans appels, si j’aimais vraiment mes enfants, si je n’avais pas toujours ce rejet ou cette distance découverte après la naissance de Monsieur J.

Finalement, la réponse est claire. J’aime mes enfants, j’ai extrêmement peur de les perdre, je suis angoissée à l’idée d’une séparation, et même si je reconnais qu’il est bien plus facile de ne s’occuper que d’un à la fois, si le deuxième est loin j’y pense sans cesse… comme je pense et parle de Monsieur J tous ces jeudis matins, quand je suis à cet atelier, et qu’il reste à la maison avec son papa.

J’aime mes enfants. J’aime mon grand Monsieur J, même si notre relation est compliquée du fait de mes périodes régulières de rejet, mais lui me fait confiance et ne reste jamais loin de moi quand je suis en crise. J’aime ma petite Miss K et son besoin d’être contre moi, de m’avoir constamment dans son champ de vision, surtout quand nous ne sommes plus à la maison, cette façon dont elle se met à sourire quand mon moral flanche. J’aime ce petit souffle de vie, ce 3ème mini-nous qui grandit tranquillement depuis un peu plus de 3 mois, en ayant du mal cependant à « se faire sa place ».

Le déclic était aussi pour cette petite graine de vie qui m’angoisse grandement. Curieusement, depuis hier et malgré la chute, mes idées à son sujet sont beaucoup plus claires.

Deux Ans

C’était hier.

Deux ans depuis mon premier article sur ce blog. Evidemment, ma vie a beaucoup changé, que ce soit sur le plan familial, professionnel ou personnel.

Ce qui n’a pas changé, c’est le but que je veux donner à ce blog. Je ne peux pas dire qu’il ait évolué comme je le souhaitais, et j’y couche trop peu de ce que j’y écris ces derniers mois, tant je ne me sens pas à ma place, pas en accord avec moi-même.

J’ai eu un déclic aujourd’hui et je crois que je vais enfin arriver à faire sortir tout ça.

Mon expérience est difficile. Pourtant, la vie est belle, il y a tant de rayons de soleil qui se pointent chaque jour, même s’ils ne suffisent pas souvent à me faire coucher le soir avec le sourire.

Je veux continuer à écrire sur ces difficultés et partager celles des mois à venir, car c’est dans « autre chose » que nous nous lançons à présent, même si ça fera l’objet d’autres articles.

Je veux continuer à écrire, à partager, à chercher des pistes et, enfin, à en faire part ici. Parce que la parentalité, j’en ai toujours rêvé, mais c’est bien loin, encore aujourd’hui, et pour longtemps, de tout ce que j’ai eu le temps d’imaginer.

Je veux continuer à écrire, peut-être pour les deux prochaines années, qui sait 😉

Te rencontrer

Hier, j’ai enfin pu te rencontrer. Hier, tu avais deux mois et huit jours. Deux mois et huit jours que j’attendais ce moment où nous allions faire connaissance, et bien plus de temps encore que j’attendais de revoir tes parents qui me manquaient terriblement.

Hier, petit S, j’ai pu profiter de tes beaux sourires et te prendre dans mes bras, te câliner, te présenter à ton cousin et ta cousine. Le premier t’a couvert de bisous et de câlins, la seconde t’a observé, mais de loin, trop près, c’était les larmes, comme pour sa tante et son oncle. Cet oncle que Monsieur J a appelé « Monsieur » tout du long, ne semblant pas comprendre pourquoi, ce jour-là, il y avait deux « tontons » avec nous.

Hier, tes beaux yeux d’un bleu-gris clair on contribué à illuminer cette journée pluvieuse et froide, dans l’appartement rendu bien sombre par les intempéries. Mais ce sont aussi les regards plein d’amour et de joie de tes parents qui apportaient de la lumière à ce dimanche gris. Des regards passionnés, et des gestes qui l’étaient tout autant, envers toi, petit miracle.

Hier, en vous regardant tous les trois, j’ai eu ce pincement au coeur. Celui qui me lance chaque fois que je vois un papa dévoué et aimant, une maman qui allaite, un couple qui se lance ce regard qui dit « nous nageons dans le bonheur » malgré les cernes qui ornent leur visage. Peut-être qu’un jour je t’en parlerais, parce qu’on croit plus facilement quelqu’un d’un peu plus extérieur que ses propres parents, mais pour le moment, tu leur rends parfaitement leurs regards et leurs sourires.

Hier, j’ai cru qu’enfin je pourrais libérer ces sentiments, lui dire ce que j’ai sur le coeur, leur dire tout ce qui ne va pas, mais ce ne fût pas le cas. Même par écrit, j’ai encore beaucoup de mal. Au lieu de ça, j’en ai voulu à mon loup, encore plus, de ne pas avoir voulu m’accorder cette parentalité, et je m’en suis voulu, à moi, encore plus qu’à lui, de ne pas avoir assez lutté pour conserver ces objectifs, conserver cette vie qui me faisait rêver.

Hier, j’ai été plus qu’heureuse de te rencontrer, petit S, et de revoir enfin mon frère et sa compagne. Mais une fois la porte refermée, il restait beaucoup trop de mauvais sentiments qui me gonflaient le coeur. Je rêve d’arriver enfin à en dire plus, et surtout à me sortir de cette spirale des ressentiments qui me bouffent.

Le Pari

Vendredi matin. Il est 9h, et enfin les nouvelles arrivent. La veille, les résultats étaient mauvais, mais après une nuit, ils sont catastrophiques. L’opération est possible, mais pourrait ne rien résoudre. En attendant, elle souffre.

Tant pis pour les projets du jour, on s’habille et on saute dans le premier train. Le trajet est long, il y a toujours des grèves… Pourvu qu’elle tienne jusque là…

Tu te souviens, petit frère, de notre pari ? Mais si, c’était il y a 10 ans.

Qu’est-ce qu’on avait ri ce jour-là. Tu m’écoutais depuis des jours, submergée par l’excitation, ne parler que de cette petite boule de poil qui allait nous rejoindre, tu me regardais scruter sa photo 10 fois par heure, la montrer, encore et encore, et en parler, toujours plus. Et puis, faussement excédé, tu avais balancé que toi, tu ne parlais pas autant des choses que tu aimais ! J’ai rétorqué avec le sourire que c’était faux.

Il y avait ce célèbre jeu de cartes ! Ca faisait des années qu’on en entendait parler, j’avais même joué un long moment avec toi au début, tu te souviens ? Mais, contrairement à toi, j’avais fini par me lasser. Toi tu avais dépassé le stade de nos petites compétitions avec les autres joueurs de la ville. Tu t’étais inscrit à des salons régionaux, puis nationaux, pour finir par passer ton diplôme d’arbitre international.

Alors tu as enchaîné, toujours le sourire aux lèvres, que c’était une autre passion, et qu’elle te durerait encore dans 10 ans ! Et bien moi, j’ai répondu avec aplomb que, dans 10 ans, j’aurais toujours mon chat ! Bien que connaissant la longévité de la bestiole, tu as parié que non, et j’ai relevé le défi. Rendez-vous dans 10 ans pour voir qui aurait gagné ! Notre gage, en tant que bons mangeurs, c’était de payer un beau et bon restau à l’autre ! Qu’est-ce que l’idée nous plaisait, à nous qui n’étions pas encore indépendants !

Les jours ont passé, et elle est arrivée. Espiègle, pleine d’énergie, mais si câline et si attachante, elle est entrée dans nos vies comme une fusée, parcourant dès les premières minutes la totalité des 100m² de notre maison. Nous l’avons aimée tout de suite, tous.

Au bout d’une seule première année, je devais déjà me séparer d’elle. J’ai saisi au vol l’occasion d’avoir mon propre logement suite à mon concours et ma première prise de poste. Elle est restée chez maman, avec toi et notre frère. Je venais la voir souvent, mais petit à petit ce n’était plus « mon » chat, mais « notre » chat. Elle commençait à tisser plus de liens avec maman, même si elle appréciait toujours mes visite.

Je me promettais de la récupérer dès que je le pourrais, mais je passais de petits apparts en colocataires allergiques, puis de nouveau en petits apparts, et je ne la récupérais toujours pas. Pourtant, je parlais toujours de notre pari, et j’étais certaine de le gagner ! D’autant plus que, 2 années après mon départ, ce fut à ton tour d’être plus absent de la maison. Tu avais trouvé un travail, tu dormais souvent chez des amis, puis chez ta copine… D’ailleurs, tu jouais de moins en moins aux cartes, mais tu y croyais toujours, toi aussi, à ce pari !!

Finalement, quand j’ai été en capacité de récupérer ma petite boule de poils, elle était trop attachée à maman, et moi, je venais d’emménager de nouveau dans la même ville que vous. Alors je l’ai laissée dans son véritable foyer et j’ai adopté deux petits pour agrandir notre famille féline. Elle venait d’avoir cinq ans.

La suite, c’est toi qui part, définitivement, et moi aussi, qui quitte mon homme pour un autre, vais m’installer dans un autre département avec mes chats… je viens de moins en moins, ma ma petite noire et blanche aime toujours autant mes visites. C’est un plaisir à chaque fois de la câliner, de renifler son poil tout doux, de lui présenter mon loup, puis notre fils et notre fille.

Je ne l’ai jamais récupérée, et toi, tu as arrêté de jouer. D’ailleurs, tu es parti bien loin de nous, mais toi aussi, à chaque visite, tu avais droit à ces grandes séances de câlins.

Et alors ce pari, 10 ans après, qu’est-il devenu ? Parce que oui, cette année, ça fait 10 ans. Ou plutôt, dans quelques semaines, ça aurait fait 10 ans. Suspendus à la mauvaise nouvelle, nous avons cependant repensé à notre pari, avec, certainement, le même sourire sincère qu’il y a 10 ans, simplement teinté de larmes.

Je suis arrivée à temps.

Elle qui a toujours été un petit gabarit, toute petite et toute mince, ne ressemble plus qu’à un sac d’os. Infection urinaire, insuffisance rénale, utérus atteint, insuffisance cardiaque… On pourrait tenter l’hystérectomie, mais sans garantie de résultats. Elle va de plus en plus mal, elle ne mange plus depuis une semaine, elle boit oui, mais elle ne se déplace plus.

Pourtant, elle ronronne de toute ses forces. Dans les bras de maman, sous les caresses de notre frère et les miennes, elle ne semble pas s’apaiser pour autant.

La décision est prise. Je ne veux pas y assister, mais au dernier moment, je ne peux pas faire autrement. Je veux être près d’elle. Je ne veux pas lâcher son poil devenu terne et sale. J’ai envie de hurler à la dernière injection.

Nous avons perdu ce pari.

J’ai perdu mon premier chat.

Blackout

Ca me ferait du bien un bain, vraiment. Pouvoir se détendre, se prélasser dans l’eau chaude, regarder la petite bombe de bain se désintégrer peu à peu en colorant l’eau… Je vais attendre de voir si Miss K veut faire la sieste.

On dirait bien que oui, elle s’endort. Monsieur J, tu veux bien rester un peu dans ta chambre ? Je vais prendre un bain, dès que j’ai fini, je viens te chercher, et on pourra sortir, on ira au parc. Je sais bien que tu ne tiendras peut-être pas ainsi, « enfermé » tout seul. Au pire, tu viendras toquer à la porte, ou tu partiras dans le salon avec quelques jouets, pour t’amuser à côté du chat.

Ca fait tant de bien, ce moment de détente, bien à soi. L’eau est peut-être un peu trop chaude, mais je me laisse aller en à peine quelques minutes. J’ai l’impression que la petite bombe de bain m’hypnotise.

L’eau me paraît affreusement froide tout à coup. Qu’est-ce que je fais ? J’en ajoute ? Je sors ? En me posant ces questions, je tends l’oreille. Pas un bruit. Miss K dort encore et Monsieur J doit regarder un de ses petits livres. Soupir. Non, je vais sortir, soyons un peu raisonnable.

Je me sèche, j’enfile quelques vêtements, et entre dans la chambre de Monsieur J. Mais tu dors ?! Toi, en pleine matinée ?! Je pose ma main sur ton épaule, tu ouvres vite les yeux. Tu te reposais à peine, soupir de soulagement. Je te reparle de la sortie et ton regard s’illumine. Nous irons quand Miss K sera réveillée.

Nous allons dans le salon pour jouer, en attendant. Mes yeux se posent sur l’horloge : il est plus de 13h. Impossible. Je vérifie tous les appareils de la maison, tous sont bien accordés. Impossible. Je suis entrée dans le bain à peine quelques dizaines de minutes après le départ de Papa Loup pour le travail, j’en suis certaine. Il n’était même pas encore 10 heures !

BLACKOUT

La première fois, c’était il y a deux mois. Et hier, de nouveau, cette perte.

Passer une matinée harassante dans le bureau de la pédiatre, à la PMI, avoir des difficultés à exécuter le trajet de retour, se demander plusieurs fois, alors qu’on les connait tous par coeur, lequel des chemins est le plus court. Rentrer épuisée après un détour obligatoires pour quelques courses, manger avec lenteur, câliner sans force les enfants avant de les mettre au lit.

Je m’assieds devant l’ordinateur, j’ai envie de jouer un peu. Ca fait longtemps. Regarder une vidéo, lire quelques articles, puis se lancer dans un jeu sans grande passion, les yeux qui piquent et le corps qui tire.

La porte de Monsieur J s’ouvre. Mes yeux, quant à eux peinent, à le faire. Je suis dans mon lit, dans le noir, sous la couette, sans être allée me coucher. Sans souvenir d’être passée du salon à la chambre. Mon petit garçon essaye de me tirer du lit, sans succès. Il me faudra plus d’une demie heure pour arriver à le rejoindre.

Dans le salon, l’ordinateur est éteint, les chaises sont retournées à leur place, la table est débarrassée. Je n’ai rien fait de tout ça. L’horloge indique 18h, conformément au téléphone qui était branché sur ma table de nuit. La dernière fois que je me souviens avoir regardé l’heure, sur l’écran pendant mon jeu, il n’était pas encore 15h.

BLACKOUT

Il ne manquait plus que ça.

Et je ne sais pas quoi faire.