Blackout

Ca me ferait du bien un bain, vraiment. Pouvoir se détendre, se prélasser dans l’eau chaude, regarder la petite bombe de bain se désintégrer peu à peu en colorant l’eau… Je vais attendre de voir si Miss K veut faire la sieste.

On dirait bien que oui, elle s’endort. Monsieur J, tu veux bien rester un peu dans ta chambre ? Je vais prendre un bain, dès que j’ai fini, je viens te chercher, et on pourra sortir, on ira au parc. Je sais bien que tu ne tiendras peut-être pas ainsi, « enfermé » tout seul. Au pire, tu viendras toquer à la porte, ou tu partiras dans le salon avec quelques jouets, pour t’amuser à côté du chat.

Ca fait tant de bien, ce moment de détente, bien à soi. L’eau est peut-être un peu trop chaude, mais je me laisse aller en à peine quelques minutes. J’ai l’impression que la petite bombe de bain m’hypnotise.

L’eau me paraît affreusement froide tout à coup. Qu’est-ce que je fais ? J’en ajoute ? Je sors ? En me posant ces questions, je tends l’oreille. Pas un bruit. Miss K dort encore et Monsieur J doit regarder un de ses petits livres. Soupir. Non, je vais sortir, soyons un peu raisonnable.

Je me sèche, j’enfile quelques vêtements, et entre dans la chambre de Monsieur J. Mais tu dors ?! Toi, en pleine matinée ?! Je pose ma main sur ton épaule, tu ouvres vite les yeux. Tu te reposais à peine, soupir de soulagement. Je te reparle de la sortie et ton regard s’illumine. Nous irons quand Miss K sera réveillée.

Nous allons dans le salon pour jouer, en attendant. Mes yeux se posent sur l’horloge : il est plus de 13h. Impossible. Je vérifie tous les appareils de la maison, tous sont bien accordés. Impossible. Je suis entrée dans le bain à peine quelques dizaines de minutes après le départ de Papa Loup pour le travail, j’en suis certaine. Il n’était même pas encore 10 heures !

BLACKOUT

La première fois, c’était il y a deux mois. Et hier, de nouveau, cette perte.

Passer une matinée harassante dans le bureau de la pédiatre, à la PMI, avoir des difficultés à exécuter le trajet de retour, se demander plusieurs fois, alors qu’on les connait tous par coeur, lequel des chemins est le plus court. Rentrer épuisée après un détour obligatoires pour quelques courses, manger avec lenteur, câliner sans force les enfants avant de les mettre au lit.

Je m’assieds devant l’ordinateur, j’ai envie de jouer un peu. Ca fait longtemps. Regarder une vidéo, lire quelques articles, puis se lancer dans un jeu sans grande passion, les yeux qui piquent et le corps qui tire.

La porte de Monsieur J s’ouvre. Mes yeux, quant à eux peinent, à le faire. Je suis dans mon lit, dans le noir, sous la couette, sans être allée me coucher. Sans souvenir d’être passée du salon à la chambre. Mon petit garçon essaye de me tirer du lit, sans succès. Il me faudra plus d’une demie heure pour arriver à le rejoindre.

Dans le salon, l’ordinateur est éteint, les chaises sont retournées à leur place, la table est débarrassée. Je n’ai rien fait de tout ça. L’horloge indique 18h, conformément au téléphone qui était branché sur ma table de nuit. La dernière fois que je me souviens avoir regardé l’heure, sur l’écran pendant mon jeu, il n’était pas encore 15h.

BLACKOUT

Il ne manquait plus que ça.

Et je ne sais pas quoi faire.

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Deux ans

Mon Grand Monsieur J,

Tu as eu deux ans ce mardi. Le temps à beau s’étirer parfois, surtout comme ces jours-ci en ton absence, il me semble que c’était hier que j’écrivais l’article de ton premier anniversaire.

Tu es vif, toujours remuant, toujours en pleine forme malgré tes journées qui commencent très tôt ! Tu es en ce moment chez ta mamy pour pouvoir te dépenser et même si ça me déchire d’être séparée de toi, je suis contente que tu puisses t’épanouir. Ici, ta soeur est malade depuis ses vaccins, et les jours comme les nuits sont difficiles, j’aurais eu si peu de temps à te consacrer… Toi, les rares fois où tu as été malade, nous n’en avons jamais eu pour beaucoup plus d’une journée à te soigner ! Tu vas avoir un organisme de compétition alors, comme tes parents ? Pourvu que ça dure.

J’ai le coeur qui se serre en relisant l’article de l’année passée, ce passage sur les câlins. Tu n’es toujours pas câlin, même si tu te jettes dans mes bras quand tu es contrarié ou que tu es tombé. Le dernier moment long de plus d’une minute que tu aies passé dans mes bras, c’était l’été dernier, après les vacances, quand tu étais justement tombé malade.

Cependant, un autre passage me fait sourire. Tu aimes toujours autant les livres, même si quelques uns ont subi tes foudres ! Quant à Monsieur Chat, même si tu ne le promènes plus partout, il est toujours indispensable à ton sommeil.

Notre relation a bel et bien évolué, même si j’ai l’impression de régresser depuis la naissance de ta soeur. J’aimerais bien mettre ça sur le dos des douleurs qui m’habitent depuis 6 semaines, dire qu’elles m’affaiblissent et me font perdre patience, mais ce serait bien trop facile. Parfois j’arrive à les surmonter. Je ne te l’ai pas dit de vive voix, mais je travaille beaucoup pendant ton absence à comment vivre tout ça d’une autre manière, pour pouvoir profiter pleinement de toi à ton retour.

Mon chaton, parfois je sais que je te fais peur. Malgré toute la peur que je ressens envers les cris et la violence, il m’arrive de hausser le ton, et d’une manière bien moins douce que cette formulation pourrait le laisser penser. Ton regard me stoppe parfois. Puisse-t-il en être ainsi à chaque fois maintenant.

Je veux nous renforcer, t’aimer comme tu le mérites, combler ce que tu ne reçois pas de la part de ton père… Tout n’est pas devenu merveilleux comme je l’espérais l’année dernière, même si les deux mois qui ont précédé l’arrivée de ta soeur ont été un enchantement entre nous.

Que tout s’apaise pour cette troisième année ! Continue à être aussi adorable envers ta soeur qui n’a d’yeux que pour toi, et à nous donner autant d’amour, à défaut de câlins ❤

Le Cousin

J’ai décidément beaucoup de mal à écrire ces derniers temps. Depuis la naissance de Miss K, en fait. La vie n’est pas telle que je l’avais rêvée, et je me suis forcée à faire de nombreuses choses à contrecoeur depuis mon dernier article.

Ces dernières semaines, j’ai eu envie de vous raconter le quotidien, mais il ressemblait trop à celui du précédent article. J’ai eu envie de vous raconter comme les équipes du CMP et de la PMI m’ont formidablement bien entourée, mais il aurait fallu que je dise aussi tant de choses dont j’ai honte, qui me font du mal. Comme c’est du mal que je m’inflige toute seule, j’ai décidé que pour l’instant, encore un peu, ça resterait entre moi et moi.

Et puis ces derniers jours, j’ai eu envie de nouveau de parler famille, de ces heures passées au téléphone avec mon frère et sa compagne, de toutes ces questions et réponses échangées depuis leur chambre d’hôpital… Mais j’étais la seule à être dans la confidence, alors j’ai décidé que, encore un peu, ça resterait entre eux et moi.

Et puis, ce matin, après 90 longues heures, en menant à bien leur projet, ils ont réalisé l’un des rêves que je pensais inaccessible, ou du moins sur lequel je n’osais plus compter.

Ils ont agrandi notre famille. Ils ont donné la vie et offert à Monsieur J et Miss K un merveilleux petit cousin.

Bienvenu petit S., petit miracle, tu es déjà entouré d’amour ❤

Besoin de le dire

Article écrit depuis mon téléphone, qui sera sûrement posté sans relecture. Deux choses que je n’aime pas faire mais ça m’a pris comme ça. Peut-être décousu. Il faut que ça sorte.

 

J’ai mal.

À la tête, au corps. Surtout à la tête. Mal à l’intérieur.

Aucune journée ne se ressemble. Je joue, je pleure, je câline, je cuisine, je râle, je rejette, je pars sans prévenir, parfois seule, j’ai des accès de violence, puis de longs moments de silence.

Je lis, j’écris, je planifie, je jette, je casse, je teste, je range, je rédige, je démarche, j’enferme, je projette.

Mais au final rien ne m’occupe vraiment.

J’ai mal.

J’aime, je me dispute, je nous rabiboche, on s’éclate, on s’aime, puis on s’éclate, on se déteste.

Putain j’ai jamais eu aussi mal de toute ma vie.

Les accouchements, le charcutage du dos, la perte des proches, les épisodes de paralysie du sommeil… tout ça c’est de la gnognote.

Il dit qu’il a compris, il reconnaît qu’il a eu tort. Ça ne soigne pas le mal. Parfois, par la douceur de son corps et de son amour, il parvient à me faire oublier tout ça pendant quelques heures.

Mais au final, j’ai toujours trop mal pour savourer plus longtemps.

Certains couchers sont insupportables.

JE deviens insupportable.

Tout le monde en prend pour son grade, surtout moi, au final.

Je suis suivie par la PMI, mais je n’ose rien leur dire. Je leur énumère quelques vraies banalités, mais je n’entre pas dans les détails, dans la souffrance.

La semaine prochaine, je reverrai mon équipe du CMP.

Peut-être qu’on trouvera quelque chose, peut-être que je n’aurais plus mal.

Plus autant mal, c’est tout ce que je demande.

J’ai voulu écrire avant. C’est trop difficile de se mettre face à ses réflexions, de les écrire noir sur blanc.

D’ailleurs cet article lui aussi finira peut-être à la poubelle.

J’ai voulu écrire avant, lors d’une énième insomnie, il y a quelques jours.

Je me suis levée d’un bond, les pensées étaient trop noires.

Toutes ces nuits au demi sommeil, voire sans sommeil, m’épuisent.

J’ai peur.

Peur d’avoir toujours aussi mal.

Peur d’avoir de plus en plus mal.

Des manifestations physiques sournoises commencent à apparaître. Loin de moi l’envie de faire de la psychologie de comptoir, mais quand toutes les analyses sont bonnes, où est le problème ?

Et ces douleurs qui s’ajoutent encore en plus depuis la pose du stérilet.

Putain j’en peux plus.

J’en peux plus de ces contractions, de ces envies d expulser, de ces douleur qui n’ont plus rien de fantômes.

J’ai envie de pleurer.

J’en peux plus de ce corps, de ces pulsions, de ces envies.

J’en peux plus de ces larmes qui m’empêchent de voir ce que j’écris, pour une fois que j’arrive à extérioriser à ce sujet.

J’en viens à me détester.

J’ai tout ce que j’ai toujours voulu avoir, mais je suis malheureuse.

Mais je souffre.

Mais j’en ai marre.

La moi d’il y a quelques années me détesterait.

Et plutôt que de me servir de cette pensée pour travailler à aller mieux, je ne m’en sers que pour m’enfoncer.

De toute façon  tu n’es jamais contente.

De toute manière, tu ne sera jamais satisfaite.

Putain.

J’ai mal.

 

De retour

Quelques évènements dont je me passerais bien font leur retour ces dernières semaines.

Il y en a un par contre que j’attend avec impatience, c’est chaque nouveau rendez-vous avec ma sage-femme. Comme je le disais dans un précédent article, cette femme est un trésor. Elle me suit de près et est même venue me voir, en dehors de toute visite officielle et malgré ses obligations persos, parce que je ne donnais plus de nouvelles à personne. Un amour.

Je l’avais vue pour la première fois lors du retour à la maison après la naissance de Monsieur J. Nous avions beaucoup discuté, bien accroché, et ses interventions délicates m’avaient grandement soulagées à chaque fois. C’est donc sans hésitation que je me suis tournée vers elle pour le suivi de la dernière grossesse, ne voulant à l’époque pas remettre les pieds à l’hopital, et ne souhaitant pas non plus revoir la première gynéco et la première sage-femme rencontrées.

Lors de sa petite visite, avant les vacances de Noël, nous avions fixé tous nos prochains rendez-vous, pour le suivi  des 6 semaines (qui se sont transformées en 9) ainsi que la rééducation. J’ai remis les pieds dans son cabinet le 4 janvier.

Ce jour-là, j’étais habitée par des gênes dans le bas-ventre depuis plusieurs jours. Après palpation et inspection, elle m’annonçait que tout était sans doute en train de se remettre en route et que je devais être proche de l’ovulation. Parfait pour poser le stérilet.

Sauf que deux semaines plus tard, en me retrouvant de nouveau dans le cabinet il y a trois jours, les douleurs étaient toujours là, plus intenses, le ventre gonflé et douloureux. De nouveau, elle palpe et inspecte, et au moment de glisser la bête de cuivre, déclare de nouveau que je dois être pas loin de l’ovulation. Idée qui va se confirmer quelques minutes plus tard, puisqu’elle en profite pour tester sur moi son nouveau jouet hors de prix : un appareil à échographie portable. Il y a un gros follicule, annonce-t-elle, malgré ma vessie toujours pleine qui l’empêche un peu de bien voir.

Moi, tout ce que je me dis, c’est que j’espère que c’est bientôt fini, et surtout que ça ne se reproduise pas au prochain cycle. C’est que je n’ai jamais eu de douleurs avant ni pendant mes règles et là, on en est au stade des contractions, qui me rappellent malheureusement la deuxième nuit de Miss K.

Sauf que… (oui, encore !)

Sauf que ce samedi, je saigne. Pas les saignotements d’après la pose du stérilet hein, de vrais saignements de règles et tout ce qui va avec. Je ne comprends plus rien à mon corps, mais la douleur diminue à mesure que le sang arrive. Ouf.

Et oui, c’est donc aussi ce retour, le retour de couches. Ca tombe bien, on va dire.

Si je vous raconte tout ça à cette heure – il était pas loin de 4h du matin quand j’ai commencé à écrire – c’est que ce retour, c’est aussi celui des insomnies.

Oh, pas la « gentille » petite coupure de quelques heures en pleine nuit, noooooon, la vraie, la mastoc. Les yeux qui ne se ferment pas, les pensées qui tournent en boucle, les idées noires et le coeur qui bat au double de son rythme habituel, c’est le lot de cette nuit qui n’a jamais débuté. Après 2h à pleurer silencieusement sur le canapé, je me suis décidée à suivre mon loup au lit à son heure de coucher à lui, alors que moi, en général, je me couche avec les poules.

Sauf qu’une heure après, malgré le silence à peine rompu par sa respiration et les ronrons du chat, mes yeux refusaient toujours de se fermer. Alors je me suis relevée.

Depuis je lis, je surfe, j’écris… mais surtout, je compte les heures. J’ai guetté le moment où je serais épuisée pour retourner au lit, mais c’est une nouvelle journée qui a commencé cette nuit, et je ne suis apparemment pas prête de me recoucher.

On ne va pas se mentir…

… et laisser penser que 2017 a JUSTE été une année de merde. D’ailleurs, si vous m’avez lue au long de cette dernière année vous savez qu’elle n’a pas été noire.

D’abord, il y a eu l’évolution de ma relation avec Monsieur J. On a avancé, on s’est découverts. Lors de sa première année de vie, c’était bien plus compliqué, mais nous avons fini par nous rapprocher, et encore plus depuis cet été, depuis mes congés « définitifs ». Nous avons passé plein de très bons moments lors du dernier trimestre de la grossesse, nous avions surtout trouvé un rythme qui nous convenait à tous les deux. Pas facile à garder aujourd’hui, mais on s’en sort pas mal je trouve.

Ensuite, il y a eu la grossesse. Dans mon élan a toujours vouloir recommencer ce que je juge « râté » plutôt que d’améliorer en premier lieu la situation existante, je rêvais d’un autre enfant à peine quelques mois après la naissance de Monsieur J. Un autre enfant, une autre grossesse, un autre accouchement, tout recommencer comme je le sentais, comme je le voulais, maîtriser la situation d’un bout à l’autre. J’ai eu la sensation de vivre une plus belle grossesse, l’accouchement a été à mille lieues du premier, et le début de vie de Miss K, malgré le cauchemar de la deuxième nuit et ses répercussions, a été bien plus calme et posé que celui de son grand frère. Pourtant, elle est loin d’avoir le même rythme, elle est plus demandeuse, elle se dépense plus donc est souvent fatiguée mais lutte pour rester avec nous… mais notre relation, même si elle est loin d’être parfaite, est plus facile qu’avec Monsieur J au même âge.

Pour finir, il y a la question poids. Début janvier 2017, je faisais un bilan poids de l’année passée après être montée sur la balance. Elle avait affiché 80.9 kilos. Ce matin, c’est un 73 tout rond qui est apparu, malgré la grossesse, malgré les excès de l’été et ceux des fêtes de fin d’année. Mon poids était à peine plus bas avant les fêtes, mais vraiment de très peu, je suis donc pas loin d’un poids que je n’ai pas connu depuis longtemps. La fin du surpoids, c’est pour cette année, si j’arrive à ne pas me rabattre sur la nourriture. Pour l’instant, en me remettant à fond dans le mode alimentaire que j’avais sur la fin de l’adolescence, adopté par maman depuis plus de 15 ans, je retrouve le plaisir de cuisiner en variant mes ingrédients. Je passe beaucoup plus de temps en cuisine, et les expériences plaisent à ces messieurs, donc ça me booste !

Malgré mon message négatif d’hier, je fonde beaucoup d’espoir sur cette année. Mêmes si mes efforts ne sont pas fructueux pour l’instant dans ce domaine, j’essaye de changer les choses entre mon Loup et moi, et si jamais cela dure trop et bien… en verra ce que ça deviendra. Il y a bien plus que nos seules deux personnes concernées.

Jours de visites (2)

(si vous cherchez le (1), vous le trouverez en décembre l’année dernière, enfin l’année d’avant)

Tout d’abord je tiens à vous souhaiter une bonne année, à vous toutes (et tous ?) qui me lisez. Je n’ai jamais été douée pour les voeux et les résolutions, je ne sais pas trop quoi vous souhaiter. Avec mon père, chaque nouvelle année, on se souhaite qu’elle soit meilleure que la précédente. C’était encore râté pour 2017, comme ça l’avait été pour 2016, 2015, 2014 et 2013… voire antérieurement. Entre les maladies, les cancers et les décès (pas liés aux maladies et cancers hein, les décès, faut bien toucher le plus de monde possible…), les problèmes de couple pour l’un et de famille pour l’autre, les problèmes financiers et des actions en justice qui traînent, ça n’aura pas été tout rose pour lui et moi.

Ouais, vous voyez, je suis joie. Joie et réussite.

Psychologiquement, je ne tiens plus. J’ai l’impression d’être un moulin, toujours à tourner, sauf quand il faudrait, surtout quand il faudrait pas. Ah non, pas un moulin, plutôt une eolienne, le truc que tu peux désactiver pépère, pour que ça tourne pas même si y’a du vent. Voilà, une éolienne. Certains mots, certains gestes, qui pourraient paraître insignifiants, me mettent à plat complètement.

J’ai l’impression de ne plus prendre plaisir à rien, ou du moins sur le long terme, puisque même ce qui pourrait me réjouir ponctuellement finira tôt ou tard – mais souvent tôt, très tôt – par être gâché. De préférence, par la personne qui devrait illuminer ma vie.

Et pourtant, lors de ces jours de visites, j’ai eu l’impression d’être une autre personne.

Je me suis lâchée. Nous avons vu maman plusieurs fois, des amis, les grands-parents paternels de mon homme, mon père, et belle-maman pour clore le festival des fêtes ce dimanche. Ca n’a pas loupé : à chaque sortie, je me sentais revivre, je me sentais entière, je me sentais « jeune » (entre guillemets parce que physiquement je ne suis pas vieille, mais je me sens vieille pourtant). Mais surtout, je me comportais n’importe comment.

J’ai mangé plus que de raison, n’écoutant plus du tout mon corps, bu très certainement des litres d’alcool de tous genres, ri aux blagues nulles de mon frère, pleuré l’absence du second, papoté plus que de raison… et pourtant, rien n’est sorti. Rien de concret, rien du malêtre qui m’habite une fois de retour à la maison.

Ces jour de visite m’ont soulagée, quelque part, et j’attends les suivants avec impatience. La moindre sortie est une bouffée d’air, être avec une personne autre que ma moitié me redonne le sourire, et j’ai même la sensation de mieux profiter de mes enfants, d’avoir plus envie d’être avec eux, que quand nous sommes tous les 4 avec leur père.

Les prochaines visites vont se faire rares. Il y aura bien la sage-femme pour la rééducation (cette femme est un trésor, elle a débarqué chez moi pour voir comment j’allais parce que je ne donnais pas de nouvelles), mais je n’ai pas encore remis les pieds à la pmi ou chez mon médecin, et je n’ai pas non plus décroché le téléphone pour reprendre rendez-vous au CMP.

Même les visites « virtuelles » se font rares. Alors que je prenais plaisir à communiquer, même juste pour un petit mot par-ci par-là, je ne m’en sens plus le courage en ce moment. Il y a toujours cette petite voix, tapie, qui dit que si je commence à parler, je vais finir par déballer, par souler mon interlocuteur… Ici, ce n’est pas pareil, c’est mon espace, et j’avais besoin de poser ces mots. Mais même les visites bloguesques se font rares, et j’ai fait une croix sur les commentaires.

Les mots ne sortent plus si bien, finalement.