Ne le dis à personne

18674312

 

Le déclic n’a finalement pas eu l’effet escompté. Il a tout de même amené avec lui le temps des annonces à la famille, mais il y en a eu assez peu au final. Ca se voit aussi sur le blog, j’ai une impression affreuse chaque fois que j’écris, alors je garde mes brouillons mais je ne publie pas…

J’ai redouté ces moments, redouté d’en parler. Il faut dire que le peu de cas similaires dans mon entourage ont donné lieu à des remarques et piques plutôt mauvaises, et un malêtre entre les personnes concernées. Je n’avais pas envie de me rajouter ça sur le dos.

Le pire, dans ma vision de ces annonces, c’était de le dire à mon père, lui qui s’est vu reprocher toute son enfance d’être né seulement 13 mois après sa soeur. Lui qui m’avait dit qu’avoir une famille nombreuse de nos jours est fardeau, alors qu’il a eu lui même trois enfants. Lui qui n’avait montré aucune joie, même feinte, quand mon frère lui avait appris qu’il allait être papa à son tour.

Ces points ont fait l’objet d’un éclaircissement lorsque j’ai eu enfin le courage de lui en parler. Il a été au final assez bienveillant au début, même s’il s’est fendu, faussement rigolard, d’un « mais après vous vous arrêtez hein?! »… J’ai été contente au final d’entendre ça au téléphone plutôt que de vive voix.

En ce qui concerne ma mère, mes frères et ma belle-soeur, ça s’est très bien passé, à coup de grandes félicitations, de câlins, de larmes de joie. Pourquoi en ai-je douté ? Aucune idée, après réflexion il est évident qu’ils n’auraient pas réagi autrement mais je ne sais pas vraiment ce qui m’a pris… tout, autour de cette grossesse, me rend tendue et nerveuse, me fait peur.

La dernière annonce qui a eu lieu face à face était celle faite à la maman de mon loup. Nous sommes allés déjeuner chez elle et pour une fois elle nous a reçue seule. Monsieur en vacances, petit frère au travail, pas de clients au gîte : nous avons pu profiter d’elle à temps plein. Elle guettait l’annonce. Oui oui, elle guettait. Elle nous a avoué quand nous lui en avons parlé qu’elle savait, qu’elle y avait pensé la veille, sans savoir comment. Le tout avec un grand sourire que je ne lui connaissais pas. Bref, une mamie heureuse.

Le reste de la famille et des amis très proches, du moins de mon côté, ont été mis au courant il y a deux semaines seulement, le lendemain de notre échographie du deuxième trimestre, sur notre « groupe secret » de famille sur FB. J’ai répondu brièvement aux messages, sans insister, et depuis je n’en parle plus.

Aujourd’hui, à 24 semaines, j’ai encore beaucoup de mal à parler de la grossesse, avec qui que ce soit, même les professionnelles qui me suivent. J’aime encore moins être enceinte que les fois précédentes, j’ai des douleurs fortes au ventre qui s’ajoutent à celles connues précédemment et surtout, grande nouveauté, je déteste le sentir bouger. Même sur ce blog, sur cet espace anonyme qui m’appartient, je me sens mal dès que j’en parle.

Publicités

7h du matin

Pendant de longues années, 7h du matin, ça ne voulait rien dire pour moi. C’était juste une heure, que parfois je ne voyais, un chiffre de plus dans une journée un peu trop libre. La plupart des jours de la semaine, à 7h, j’étais dans le train, sur la dernière partie du trajet qui m’amenait au travail. Quelques rares matinées, quand j’habitais près du boulot, il m’arrivait de m’attribuer le luxe de dormir encore à cette heure là, voire bien après.

Vendredi, il y a quatre jours, 7h du matin. Je suis la première réveillée, pour une fois, mais ce n’est pas mon premier réveil. Une nuit hâchée de cauchemars, de la peur de les laisser. C’est ma dernière journée de la semaine avec eux, je compte bien en profiter. Avec ces nombreuses coupures, j’ai tout de même réussi à dormir un peu plus de cinq heures.

Samedi, il y a trois jours, 7h du matin. Je suis levée et installée dans le canapé depuis près d’une heure. Cette première nuit sans eux a été un enfer à vivre. Cauchemar sur cauchemar, je suis habitée par des idées d’accidents de la route, d’abandon, de peur de ne jamais les revoir. J’ai dormi un peu moins de 5h, en deux fois.

Dimanche, il y a deux jours, 7h du matin. Ca fait quarante minutes que je suis réveillée, après un peu plus d’une heure et demie de sommeil. Aux mêmes cauchemars que les deux nuits précédentes s’ajoutent des douleurs impossible à faire disparaître, à la tête, au dos, au ventre. Les coups de soleil, la nourriture trop riche, les heures dehors… pas la peine d’accuser tout ça, c’est la distance et les heures sans eux qui me mettent dans cet état. J’avais dormi une première fois un peu moins de trois heures, en « début » de nuit. A nouveau moins de 5h, donc.

Lundi, hier, 7h du matin. Les premiers bruits de réveils se font entendre. Je suis dans le canapé, pas endormie mais pas tout à fait réveillée non plus. Ca fait deux heures que ça dure. Je me suis encore couchée trop tôt hier soir. Couchée trop tôt, réveillée trop tôt, de trop nombreuses fois, encore. Je les ai retrouvés, mais je n’ai pas passé une meilleure nuit. J’ai dormi… non, cette fois-ci je ne sais pas combien de temps, je n’ai pas pu me résoudre à allumer mon téléphone et contempler encore une fois les minutes défiler.

Mardi, ce matin. Il est 7h du matin. Mon premier lever date d’un bon quart d’heure. Cette fois-ci je me résigne, je me relève, définitivement, les enfants sont bien réveillés. Préparation du petit dej la tête dans le gaz. Pourtant, j’ai dormi d’une traite cette nuit. Environ 4h, quelque chose comme ça. J’ai arrêté de regarder l’heure après 2h20.

Mercredi, demain matin, 7h du matin. Ce sera l’heure de décollage de l’avion, si tout se passe bien. Je ne peux pas m’empêcher de dire ça, « si tout se passe bien ». Je suis morte de trouille. Est-ce que les peurs liées à ce baptême de l’air vont encore m’habiter la nuit prochaine, venir se rajouter à toutes les autres ?

La malle et le passager

[Post initialement écrit le 15 mars 2018]

Se faire la malle : partir, s’enfuir.

Le site expressio nous dit :

Cette expression semble apparaître vers 1935 dans les milieux carcéraux pour signifier « s’évader ».
Construite sur le même modèle que les expressions argotiques « se faire la belle » ou « se faire la paire », elle marque simplement le fait que l’évadé est, au figuré, « parti en voyage » et qu’il a donc préparé et emporté sa malle ; même si, dans la réalité, il est peu probable qu’il se soit encombré de ses effets avant de disparaître.

Mais peut-être que je lui préfère finalement l’expression filer à l’anglaise. Elle m’a toujours fait rire cette expression, surtout depuis que je sais que nos amis de l’autre côté de la Manche nous la retournent bien 😉 Filer à l’anglaise, c’est donc disparaître sans que personne ne le remarque, partir sans se faire remarquer, sans dire au revoir.

Il y a donc quelqu’un, ou plutôt quelque chose, qui s’est fait la malle… et à sa place, depuis un mois, un petit passager.

Je ne sais pas quoi penser, à part que je m’en veux énormément. Je n’ai pas eu besoin de le dire à ma sage-femme, qui l’a lu sur mon visage, et s’est empressée de dire que si je devais en vouloir à quelqu’un, c’était à elle. Qu’elle n’avait pas fait de contrôle, ni au bout d’une semaine, ni au bout d’un mois, alors qu’on se voyait régulièrement.

Mais comment lui en vouloir ? Elle est si douce et prévenante, a pris tant soin de moi pendant cette précédente grossesse et lors du retour à la maison…

[Fin du post initialement écrit le 15 mars 2018]

Au vu des précédents posts, vous comprenez donc qui s’est fait la malle, et qui est le passager.

C’est en revenant de ce rendez-vous, que j’ai écrit ce post, le lendemain de la deuxième prise de sang. J’étais en larmes en le rédigeant, ce que ne reflète pas du tout le texte. Je n’étais ni triste ni malheureuse d’être enceinte, j’étais simplement en plein conflit intérieur. Je le suis toujours un peu, malheureusement, mais les jours qui avaient précédé, les disputes avec mon loup étaient nombreuses, et les doutes sur les temps à venir encore plus.

Il y avait aussi des larmes de soulagement. Je n’avais plus jamais fait de prises de sang successives depuis ma fausse couche début 2014, et de voir à 48h d’intervalle un taux qui n’avait pas doublé m’avait filé la chair de poule. Entre ces chiffres et la présence encore supposée du stérilet avant l’examen, j’avais tout imaginé : grossesse non évolutive, grossesse extra-utérine, fausse-couche en cours ou future, perforation utérine… La sage-femme avait commencé par un toucher vaginal pour tenter de sentir le stérilet et n’avait rien pu atteindre, et c’est avec l’échographie que nous nous sommes toutes les deux rassurées. Elle avait les mêmes peurs que moi et envisageait de me faire partir aux urgences après notre rendez-vous si le stérilet avait encore été en place.

Le soulagement n’a pas été immédiat, d’où la tension tout le reste de la journée, jusqu’au relâchement, partiel au moment de la rédaction de l’article.

Aujourd’hui je n’en veux à personne, je ne profite pas encore vraiment de cette grossesse ceci dit, même si j’en ai bien l’intention. Malgré le déclic, un petit blocage persiste, notamment vis-à-vis de certaines sensations, dont celles du jour de l’échographie du 1er trimestre.

Mais tout ça fera partie d’un prochain article.

Résumé des épisodes précédents… et de ceux qui vont suivre !

Dans les jours qui viennent, je pense pouvoir réussir à publier quelques uns des nombreux articles commencés ces derniers mois. Maintenant que le blocage s’envole peu à peu, je relis ces dizaines de brouillons, regroupe quelques idées, efface des mots que je ne supporte pas d’avoir remployé… et je vais finir par en mettre la plupart ici.

En attendant, retour rapide sur ces dates et ces évènements sur lesquels je vais revenir prochainement. Je ne m’étends pas trop puisqu’il y aura des articles complets sur le sujet.

30 octobre 2017 : naissance de Miss K.

30 octobre 2017 – 3 novembre 2017 : séjour à la maternité. La bulle de bonheur aura duré à peine 24h avant le cauchemar, le refus d’allaiter, le besoin de s’y remettre puis, comme la dernière fois, le manque de soutien de la part de chéri…

3 novembre 2017 – 19 novembre 2017 : les deux premières semaines à la maison sont un cauchemar. La présence de chéri, loin de me soulager, m’étouffe et complique la situation. L’allaitement s’arrête, je manque d’abandonner ma famille sous le coup du chagrin après plusieurs interventions sans bienveillance.

période des fêtes, fin 2017 / début 2018 : les diverses sorties sur lesquelles j’ai écrit à l’époque me faisaient beaucoup de bien sur le coup, mais avec le recul, plus de mal qu’autre chose. Je ne sais pas si je reviendrai là-dessus, mais ce sont encore et toujours ces histoires de familles minantes, surtout du côté de mon Loup…

8 janvier 2018 : ma géniale sage-femme reprend contact avec moi pour le suivi, elle s’inquiétait de ne plus avoir de nouvelles… elle vient jusque chez moi et nous planifions nos prochains rendez-vous.

18 au 28 janvier 2018 : pose du stérilet. Douleurs, saignements, contractions… deux jours plus tard les saignements arrivent. Règles pendant 8 jours dont 3 jours hémorragiques et de lourdes contractions. Je me change toutes les heures, parfois intégralement, et je passe beaucoup de temps sur les toilettes à défaut de pouvoir bouger. Je suis pourtant en déplacement chez ma meilleure amie, en train de perdre son compagnon chat.

février 2018 : tous les samedis je revois ma sage-femme pour la rééducation. Nous ne contrôlons pas la pose du stérilet étant donné qu’il s’était bien positionné le jour de la pose et que les douleurs se sont arrêtées à la fin des règles.

3 mars 2018 : dernier rendez-vous rééducation, toujours pas de règles. J’avais des cycles longs et irréguliers avant les grossesses et entre les deux, mais là, ça fait vraiment long. Elle me donne un test urinaire et me dit de le faire samedi prochain au matin si pas de règles d’ici là.

10 mars 2018 : pas de règles, test positif. Mail dans la foulée, ordonnance bHCG reçue : la prise de sang 2 jours plus tard donnera un taux de 2121 ui, et la suivante 48h encore après donnera 3666 ui. Peur d’une GEU, d’une perforation, d’une fausse-couche. Ma sage-femme me reçoit à son cabinet entre deux consultations pour une rapide échographie. Surprise : pas de stérilet dans l’utérus, mais un embryon bien placé. Soulagement de courte durée, maintenant il faut prendre une décision.

28 avril : première échographie, celle du 1er trimestre. Mon absence d’émotions et de sensations me fait peur, comme les jours et semaines qui suivront.

Entre le dernier rendez-vous avec la sage-femme et l’échographie, ainsi que dans les semaines qui ont suivi cet examen, mon chéri a beaucoup négocié. Il était hors de question pour moi de me « débarrasser » de ce bébé. Je n’ai rien contre l’avortement, mais ce n’est pas pour moi. Mon passé me hante et je serais bien incapable de faire ce geste. Je fais l’erreur de promettre d’y réfléchir, mais je ne cèderai pas.

Je reviendrai aussi sur ces « négociations » dans un prochain article, et sur les sentiments de mon loup en général, qui semblent ne pas évoluer malgré quelques grandes contradictions.

Chute & Déclic

Comme dit dans l’article précédent, j’ai eu un déclic. Il est survenu brusquement hier, aussi brusquement que la chute qui l’a déclenché.

J’ai eu le temps de voir chaque élément m’entourant basculer, se précipitant vers nous, le sol se rapprocher, s’éloigner, puis se rapprocher de nouveau et, surtout, de voir mon bébé m’échapper, pivoter et approcher dangereusement du radiateur fixé à l’angle derrière nous. J’ai vu nos têtes frapper l’une contre l’autre, j’ai vu mon bras se serrer trop près de sa nuque et de sa gorge.

Pourtant, il ne s’est rien passé de tout ça. Cette chute, malgré la douleur, n’en était pas vraiment une. Alors que j’étais installée sur un tapis au sol, j’ai fait ce que je ne fais jamais habituellement : tenter de me relever avec Miss K dans les bras. Fatiguée comme j’étais, je n’ai pas trouvé mes appuis habituels, et j’ai simplement basculé en arrière, cognant contre le mur, en bousculant et renversant au passage la plupart des jouets autour de nous, dont un portique qui a fini sa course sur ma tête.

J’ai paniqué comme jamais. J’ai cru lui avoir fait du mal, j’ai cru que j’avais blessé ma fille, je me suis vue sans elle, la pleurer, en l’espace des quelques secondes qu’a duré la chute. La panique qui a suivi a duré un long moment, mais j’étais bien entourée.

J’étais au CMP, en atelier, entourée de professionnelles et de deux autres mamans et leurs bébés du même âge que Miss K. J’ai été vite rattrapée, puis redressée, la demoiselle a été récupérée le temps que je soit installée dans un coin opposé, dans un gros tas de coussins et de couvertures.

Elle a rejoint bien vite mes bras, en pleurs. Ce n’était pas la chute qui en était la cause, puisqu’elle n’avait rien eu, elle me voulait juste moi, et pas les bras d’une « inconnue ». Elle ne m’a pas échappée, je ne l’ai pas étouffée, ni cognée, juste protégée…

Après la panique, c’est là qu’est arrivé le déclic. J’étais en pleine proie à mes sentiments contraires ces dernières semaines, à me demander, malgré quelques instants sans appels, si j’aimais vraiment mes enfants, si je n’avais pas toujours ce rejet ou cette distance découverte après la naissance de Monsieur J.

Finalement, la réponse est claire. J’aime mes enfants, j’ai extrêmement peur de les perdre, je suis angoissée à l’idée d’une séparation, et même si je reconnais qu’il est bien plus facile de ne s’occuper que d’un à la fois, si le deuxième est loin j’y pense sans cesse… comme je pense et parle de Monsieur J tous ces jeudis matins, quand je suis à cet atelier, et qu’il reste à la maison avec son papa.

J’aime mes enfants. J’aime mon grand Monsieur J, même si notre relation est compliquée du fait de mes périodes régulières de rejet, mais lui me fait confiance et ne reste jamais loin de moi quand je suis en crise. J’aime ma petite Miss K et son besoin d’être contre moi, de m’avoir constamment dans son champ de vision, surtout quand nous ne sommes plus à la maison, cette façon dont elle se met à sourire quand mon moral flanche. J’aime ce petit souffle de vie, ce 3ème mini-nous qui grandit tranquillement depuis un peu plus de 3 mois, en ayant du mal cependant à « se faire sa place ».

Le déclic était aussi pour cette petite graine de vie qui m’angoisse grandement. Curieusement, depuis hier et malgré la chute, mes idées à son sujet sont beaucoup plus claires.

Deux Ans

C’était hier.

Deux ans depuis mon premier article sur ce blog. Evidemment, ma vie a beaucoup changé, que ce soit sur le plan familial, professionnel ou personnel.

Ce qui n’a pas changé, c’est le but que je veux donner à ce blog. Je ne peux pas dire qu’il ait évolué comme je le souhaitais, et j’y couche trop peu de ce que j’y écris ces derniers mois, tant je ne me sens pas à ma place, pas en accord avec moi-même.

J’ai eu un déclic aujourd’hui et je crois que je vais enfin arriver à faire sortir tout ça.

Mon expérience est difficile. Pourtant, la vie est belle, il y a tant de rayons de soleil qui se pointent chaque jour, même s’ils ne suffisent pas souvent à me faire coucher le soir avec le sourire.

Je veux continuer à écrire sur ces difficultés et partager celles des mois à venir, car c’est dans « autre chose » que nous nous lançons à présent, même si ça fera l’objet d’autres articles.

Je veux continuer à écrire, à partager, à chercher des pistes et, enfin, à en faire part ici. Parce que la parentalité, j’en ai toujours rêvé, mais c’est bien loin, encore aujourd’hui, et pour longtemps, de tout ce que j’ai eu le temps d’imaginer.

Je veux continuer à écrire, peut-être pour les deux prochaines années, qui sait 😉

Te rencontrer

Hier, j’ai enfin pu te rencontrer. Hier, tu avais deux mois et huit jours. Deux mois et huit jours que j’attendais ce moment où nous allions faire connaissance, et bien plus de temps encore que j’attendais de revoir tes parents qui me manquaient terriblement.

Hier, petit S, j’ai pu profiter de tes beaux sourires et te prendre dans mes bras, te câliner, te présenter à ton cousin et ta cousine. Le premier t’a couvert de bisous et de câlins, la seconde t’a observé, mais de loin, trop près, c’était les larmes, comme pour sa tante et son oncle. Cet oncle que Monsieur J a appelé « Monsieur » tout du long, ne semblant pas comprendre pourquoi, ce jour-là, il y avait deux « tontons » avec nous.

Hier, tes beaux yeux d’un bleu-gris clair on contribué à illuminer cette journée pluvieuse et froide, dans l’appartement rendu bien sombre par les intempéries. Mais ce sont aussi les regards plein d’amour et de joie de tes parents qui apportaient de la lumière à ce dimanche gris. Des regards passionnés, et des gestes qui l’étaient tout autant, envers toi, petit miracle.

Hier, en vous regardant tous les trois, j’ai eu ce pincement au coeur. Celui qui me lance chaque fois que je vois un papa dévoué et aimant, une maman qui allaite, un couple qui se lance ce regard qui dit « nous nageons dans le bonheur » malgré les cernes qui ornent leur visage. Peut-être qu’un jour je t’en parlerais, parce qu’on croit plus facilement quelqu’un d’un peu plus extérieur que ses propres parents, mais pour le moment, tu leur rends parfaitement leurs regards et leurs sourires.

Hier, j’ai cru qu’enfin je pourrais libérer ces sentiments, lui dire ce que j’ai sur le coeur, leur dire tout ce qui ne va pas, mais ce ne fût pas le cas. Même par écrit, j’ai encore beaucoup de mal. Au lieu de ça, j’en ai voulu à mon loup, encore plus, de ne pas avoir voulu m’accorder cette parentalité, et je m’en suis voulu, à moi, encore plus qu’à lui, de ne pas avoir assez lutté pour conserver ces objectifs, conserver cette vie qui me faisait rêver.

Hier, j’ai été plus qu’heureuse de te rencontrer, petit S, et de revoir enfin mon frère et sa compagne. Mais une fois la porte refermée, il restait beaucoup trop de mauvais sentiments qui me gonflaient le coeur. Je rêve d’arriver enfin à en dire plus, et surtout à me sortir de cette spirale des ressentiments qui me bouffent.